En Conseil des ministres, hier, le chef de l’Etat a ordonné de faire baisser de 20% les frais d’hébergement pour les Algériens de l’étranger de retour au pays. Après avoir écouté un rapport du Premier ministre sur l’activité du Gouvernement au cours des deux dernières semaines, M. Abdelmadjid Tebboune a, en effet, enjoint l’exécutif de «dispenser les étudiants et les personnes âgées à faible revenu parmi les Algériens de retour au pays de payer les frais d’hébergement relatifs à l’isolement », et de « baisser les frais d’hébergement de 20% pour les algériens de retour au pays».

PAR INES DALI
L’initiative du président de la République vient soulager tous les concernés qui considéraient que le tarif de retour au pays après la décision des pouvoirs publics de rouvrir partiellement les frontières à la condition de respecter les consignes sanitaires était dissuasif, voire prohibitif. Les ressortissants algériens, dont ceux de France qui ont organisé des sit-in de protestation samedi devant l’ambassade et des consulats d’Algérie en France, devraient en tous cas trouver dans le geste présidentiel la réponse d’assouplissement qu’ils disaient attendre en ce qui concerne les frais d’hébergement pour le confinement de cinq jours et les tests RT/PCR pour toute entrée en Algérie.
Il faut savoir qu’avant la décision du chef de l’Etat d’ordonner la réduction du tarif d’hébergement à l’isolement, le pack voyage pour une personne en aller-retour depuis Paris, qui comprend le vol Paris-Alger-Paris à 518 € et les frais de confinement (transport de l’aéroport vers le lieu de confinement, l’hébergement de 5 jours en pension complète et le test Covid-19 prévu à la fin du confinement) à 41.000 DA, soit l’équivalent de 252 €, revenait autour de 770€ par personne. Désormais, cette fourchette doit être revue à la baisse aussi pour les personnes en situation de devoir s’acquitter des frais d’hébergement puisqu’ils payeront 20% moins cher que pour les catégories qui en sont dispensés, c’est-à-dire les étudiants et les personnes âgées.
Pour rappel, les indications tarifaires à partir de l’étranger publiés par Air Algérie ont été arrêtées au départ de Tunis à 591 dinars tunisien l’aller-retour (TTC), au départ de Istanbul à 686 dollars l’aller-retour (TTC), au départ de Paris à 518 euros l’aller-retour (TTC), au départ de Marseille à 391 euros l’aller-retour (TTC) et au départ de Barcelone à 317 euros l’aller-retour (TTC). En supplément, «les frais de confinement fixés à 41.000 DA (TTC) sont payables selon l’équivalent en monnaie étrangère et applicable uniquement pour destination étranger-Algérie», a précisé la compagnie nationale. Tout ce dispositif doit être désormais revu à la lumière de la décision du Conseil des ministres de pratiquer pour ceux qui doivent les payer un rabais de 20% sur les frais de séjour sous confinement

«Ces mesures sont indispensables», selon les spécialistes
Les Algériens de l’étranger qui étaient divisés sur les anciens tarifs l’étaient aussi sur le confinement de cinq jours. Mais c’est là une condition qui, pour l’heure, est tranchée et à propos de laquelle les spécialistes de la santé se sont largement exprimés. Le Professeur Mohamed Belhocine, président de la cellule opérationnelle chargée des investigations et du suivi des enquêtes épidémiologiques. «Si une personne vient juste d’être contaminée et qu’elle fait un test RT/PCR quelques heures plus tard seulement, le résultat sera négatif. Par contre, quatre jours, ou cinq ou même six jours plus tard, le résultat peut être positif». a-t-il révélé.
Qualifiant la situation actuelle d’exceptionnelle, il a indiqué que les mesures prise pour l’ouverture partielle des frontières «ne sont pas les plus draconiennes comparées à celles qui sont en vigueur dans d’autres pays». Reconnaissant qu’elles sont, certes, «contraignantes», il insistera néanmoins qu’«il faut les suivre si on veut permettre aux gens de se déplacer en cas de nécessité, tout en préservant l’intérêt général», et rappelant, par la même occasion, que l’Algérie n’est pas le seul pays à appliquer des conditions d’entrée sur son territoire. «Nous ne sommes pas dans une situation normale. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles», a-t-il tenu à noter, soulignant que ces mesures sont prises pour épargner au pays l’introduction de variants.
Le professeur Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, même s’il dit comprendre la colère des ressortissants algériens, n’estime pas moins que «le confinement de cinq jours à l’arrivée est indispensable malgré une PCR négative». Cette mesure pourrait être levée ultérieurement avec une vaccination massive, a-t-il ajouté, notant au passage que «nous ne pouvons agir différemment des pays qui sont en train de demander le carnet de vaccination». A propos des autres pays, le Pr Belhocine a fait savoir que «sur les 221 territoires dans le monde, seulement 6 ont ouvert complètement leurs frontières, 110 les ont laissé fermées et 106 ont ouvert partiellement avec des restrictions».
Par ailleurs, les voyageurs algériens qui veulent se rendre à l’étranger ne sont tenus que par les conditions d’entrée dans le pays de destination. Hier, au premier jour de la vente billets en prévision de la reprise des vols, un véritable rush a été constaté au niveau de l’agence d’Air Algérie à la place Maurice-Audin au cœur de la capitale, où de potentiels voyageurs ont estimé les tarifs «excessifs» et d’autres se sont plaints de l’obligation d’être inscrit déjà sur la liste d’attente en raison de l’insuffisance de l’offre de sièges.