Sonatrach et l’Italienne ENI semblent avoir surmonté les difficultés qui rendaient si étroite la voie vers l’objectif recherché de proroger le contrat long terme de fourniture de gaz algérien à l’Italie. Elles ont procédé à un rapprochement. Inespéré ! En effet, elles sont arrivées à signer, jeudi, 25 avril, un protocole d’entente portant renouvellement du contrat d’approvisionnement de l’Italie en gaz algérien qui arrive à terme fin 2019.

Dans un communiqué diffusé jeudi, il a été indiqué que le P-DG de la compagnie nationale, Rachid Hachichi, et celui d’ENI, Claudio Descalzi, ont conclu un protocole d’entente confirmant leur volonté de renouveler prochainement le contrat d’approvisionnement en gaz et les modalités de transport via le pipeline traversant la Méditerranée pour les années à venir. Ce protocole d’accord, y est-il mentionné, représente une nouvelle étape dans le renforcement des relations historiques entre les deux sociétés. Rachid Hachichi inaugure ainsi une nouvelle ère de coopération avec l’Italie.
La signature de ce protocole d’accord tombe à point nommé, à un moment où le pays est confronté à d’énormes problèmes économiques et politiques. Mais, tout porte à penser que le mouvement populaire, ayant préservé son caractère pacifique, n’a pas impacté les relations de coopération entre Sonatrach et ses partenaires, dont ENI. En dépit donc de la crise politique, ENI et Sonatrach doivent continuer à fournir des efforts concertés et soutenus pour répondre aux besoins d’investissement, qu’il s’agisse de pétrole ou de gaz naturel. L’Italie est considérée comme l’une des principales destinations du gaz naturel algérien grâce au gazoduc Trans-mediterranean pipeline, appelé également gazoduc Enrico Mattei, fruit du partenariat conclu en 1977, entre Sonatrach et ENI. En juillet 2018, les deux groupes ont convenu d’entreprendre une négociation commerciale avec l’objectif d’évaluer la prorogation de la fourniture du gaz au-delà de l’échéance contractuelle en 2019, dans le cadre du renforcement de leur coopération et partenariat. Après le règlement de leurs litiges en 2017, les relations entre Sonatrach et ENI se sont renforcées avec la signature de plusieurs projets en Algérie dans les domaines de la recherche et de l’exploitation, de l’exploration offshore, des énergies renouvelables et de la pétrochimie. Mais cinq ans auparavant, les deux compagnies naviguaient dans le brouillard. L’affaire Sonatrach-ENI, un scandale mis au jour, il y a un peu plus de cinq ans, par des médias italiens et relayé par des journaux algériens, avait effectivement tout chamboulé et sérieusement terni la réputation des deux sociétés. Dans cette affaire, Paolo Scaroni, ex-patron d’ENI, était soupçonné d’avoir participé à, au moins, une rencontre à Paris destinée à faire obtenir à ENI et à sa filiale en Algérie, Saipem, un marché évalué à 11 milliards de dollars avec Sonatrach, contre de l’argent (une commission occulte de 197 millions d’euros). Ça sentait le moisi. ENI est présente en Algérie depuis 1981. Mais jusqu’ici, il n’avait investi que dans le fossile. En chiffres, la compagnie italienne a investi à ce jour plus 12 milliards de dollars dans le développement des hydrocarbures en Algérie. Cela va cependant changer dans les années à venir, avec davantage d’investissements dans le renouvelable en Algérie. D’ailleurs, ENI et Sonatrach ont déjà posé la première pierre du projet d’une centrale photovoltaïque de 10 mégawatts (MW) à Bir Rebaâ Nord (Ouargla). Le renouvellement de contrat avec ENI ouvrirait, peut-être, à Sonatrach la porte de nouveaux marchés en Europe où il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour faire aboutir le renouvellement d’autres contrats gaziers. Sonatrach tente aujourd’hui de faire preuve de grande résilience et de se débrouiller sur le Vieux continent dans le but de s’y frayer une place dans l’aval. Elle pourrait ainsi accueillir le gaz qatari et russe et ne pas le subir.<