L’Algérie envisage l’ouverture prochaine avec la Libye du poste frontalier terrestre Debdeb-Ghadamès ainsi que l’ouverture d’une ligne maritime, de même que des facilitations sont prévues pour les opérateurs économiques des deux pays pour augmenter les échanges commerciaux et encourager les investissements dans les deux sens. C’est ce qu’a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, à l’occasion de l’ouverture du Forum économique algéro-libyen hier à Alger.

PAR INES DALI
La coopération économique bilatérale étant en berne depuis plusieurs années, les deux parties ont décidé de lui donner un nouveau souffle. Dans ce sens, M. Boukadoum a fait savoir que l’Algérie est «en passe d’achever les préparatifs logistiques et techniques à l’effet d’ouvrir le point de passage de Debdeb-Ghadamès en coordination avec la partie libyenne», et ce, conformément aux instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, portant réouverture de ce poste frontalier. En outre, les deux parties «s’attèlent à achever les discussions pour la réouverture de la ligne maritime reliant Tripoli et Alger pour le transport des marchandises», a ajouté Boukadoum, soulignant que l’ambition de l’Algérie pour le partenariat souhaité avec la Libye «ne se limite pas à accroître le volume des échanges commerciaux, mais à encourager le flux d’investissements directs mutuels, à mettre en place des joint-ventures et participer au capital des entreprises». D’autres mécanismes à même de garantir «une optimisation des grandes opportunités de coopération entre nos deux pays» sont également prévus.
Le ministre des Affaires étrangères a affirmé, devant un parterre de quelques 400 opérateurs économiques des deux pays, que pour mettre en application cette démarche stratégique, les autorités algériennes ont pris une série de décisions et de mesures visant à «fournir le cadre institutionnel et juridique à même de permettre aux opérateurs économiques et hommes d’affaires algériens et libyens de lancer des projets de coopération et des partenariats» qui atteignent le niveau des grandes potentialités dont jouissent les deux économies.

Des échanges commerciaux très faibles
Pour sa part, le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a appelé les secteurs privés des deux pays à être partie prenante dans cette coopération, estimant que ce forum est «une opportunité pour l’investissement et la relance de projets communs» et notant, par la même occasion, et qu’il vise à établir un véritable partenariat, créateur de richesse et d’emploi» et à élargir les espaces régionaux pour qu’ils soient une source de développement à moyen et long termes.
Afin de d’encourager les échanges commerciaux très faibles, de l’ordre de 65 millions de dollars dont 59 millions de dollars représentent les exportations algériennes, une série de propositions a été émise par le ministre du Commerce libyen, Mohamed Al-Hawij, qui a appelé à la création d’une Zone franche entre l’Algérie et la Libye et l’ouverture du passage frontalier Debdeb-Ghadamès. Estimant que ces propositions peuvent donner une impulsion à la coopération bilatérale, il a recommandé l’ouverture du «passage douanier unifié, la mise en place d’une équipe de travail pour renforcer» ces échanges, ainsi que «l’ouverture des lignes commerciales maritime et aérienne entre l’Algérie et la Libye». Les opérateurs des deux pays sont appelés à relancer la coopération dans le domaine du commerce et de l’investissement et à tirer profit de cette rencontre pour sortir avec des décisions servant les intérêts mutuels des deux pays. M. Al-Hawij a préconisé un accord entre les banques centrales libyenne et algérienne pour faciliter les procédures bancaires entre les deux parties afin d’encourager les échanges commerciaux et de booster la coopération économique bilatérale.
La mise en place d’un Conseil d’hommes d’affaires des deux pays a également été préconisée. L’objectif de ces mesures est de porter les échanges commerciaux à près de 3 milliards de dollars. Parmi les principaux domaines de coopération auxquels s’intéresse ce forum, il y a l’énergie, les produits agricoles et alimentaires, les machines industrielles, la santé, les produits pharmaceutiques, les produits électroniques et électroménagers, les travaux publics et les matériaux de construction, le papier, l’éducation, le tourisme, les bureaux d’études et les services. M. Al-Hawij a évoqué les «relations politiques privilégiées entre les deux pays» qui sont «un terrain fertile pour le développement de la coopération dans le domaine économique».

Boukadoum réitère le «soutien entier de l’Algérie aux Autorités libyennes»
Dans ce sens, le ministre des Affaires étrangères a réitéré «le soutien entier de l’Algérie aux efforts des autorités libyennes, à savoir le Conseil présidentiel du gouvernement d’Union nationale», visant «à rétablir la stabilité politique et sécuritaire en Libye, à réaliser la réconciliation nationale entre toutes les parties du peuple libyen et à unifier et renforcer les institutions de l’Etat en prévision des élections générales, libres et régulières qui préservent l’intégrité et l’unité du territoire libyen et remettent la Libye sur les rails de la reconstruction, de la prospérité et de la croissance».
Sabri Boukadoum a réaffirmé que la diplomatie algérienne n’a ménagé aucun effort et s’est mobilisée avec tout ce dont elle dispose comme capital et force d’influence au double plan régional et international, afin que la Libye retrouve sa place au sein du Maghreb Arabe, en Afrique et dans le concert des Nations. «L’Algérie ne pouvait pas, alors que la Libye, pays frère, traversait une grande épreuve, être spectatrice. L’Algérie a répondu présente à l’appel de la fraternité et du devoir de voisinage», a-t-il dit. Le chef de la diplomatie algérienne a rappelé que «l’Algérie a initié (…) l’accueil de tous les belligérants libyens, toutes tendances confondues, en vue de les rapprocher et chercher des solutions consensuelles que les Libyens mettront en place par eux-mêmes, à même de mettre leur pays à l’abri des expansionnismes et d’ingérences étrangères qui guettent les richesses et les atouts de son peuple». Il est à noter que le Premier ministre libyen est attendu en Algérie pour une visite de travail.