«Vive l’amitié algéro-espagnole, vive le partenariat algéro-espagnol ! » C’est par ces mots que le premier ministre Ahmed Ouyahia a clôturé le Forum d’affaires algéro-espagnol qui s’est déroulé hier au Centre international des conférences d’Alger, Forum tenu en marge de la 7e session de la Réunion bilatérale algéro-espagnole de haut niveau à l’occasion de la visite à Alger du Président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy.

Huit projets d’accords ont été signés à cette occasion. Des projets concernant les secteurs de l’industrie, des assurances agricoles, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, la Protection civile ainsi que la communication. Cinq documents ont été signés en marge de la 7e session de la Réunion bilatérale algéro-espagnole de haut niveau, les trois autres ont été paraphés par voie électronique. Le Forum d’affaires algéro-espagnol s’est tenu sous la co-présidence du ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, et de la Secrétaire d’Etat au Commerce d’Espagne, Maria Luisa Poncela. Yousfi notera en ouverture que l’Espagne figure «parmi les partenaires les plus importants de l’Algérie», dont elle est le 3e client et le 5e fournisseur et où opèrent 450 entreprises espagnoles. Regrettant néanmoins des relations «inférieures aux potentialités» et «en deçà des attentes» des deux pays.
S’attendant probablement à l’expression de certaines inquiétudes espagnoles, selon le ministre «la chute brutale des prix des hydrocarbures avait eu des impacts négatifs sur l’économie algérienne à l’instar des autres pays exportateurs de pétrole» poussant le gouvernement à prendre les mesures qui s’imposent.
Cette crise pétrolière a aussi été «l’accélérateur du processus du développement économique» dans divers domaines dont notamment ceux de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme et des services, a ajouté Yousfi.
De son côté, la secrétaire d’Etat au commerce espagnol Maria Luisa Poncela n’hésitera pas à déclarer que l’Algérie devrait «réviser la réglementation qui régit les investissements étrangers pour les stimuler», estimant l’investissement étranger «vital pour renforcer le tissu entrepreneurial algérien».
Mme Poncela a déploré une «chute de 11%» des exportations espagnoles vers l’Algérie «à cause des mesures de restriction imposées» par Alger. « Nous considérons comme un problème les restrictions posées par le pays aux importations de certains produits qui affectent sensiblement les exportations espagnoles », a souligné la secrétaire d’Etat. L’insinuation est claire quant à la situation de l’industrie de la faïence et céramique qui a été fortement perturbée par les mesures restrictives algériennes.

L’Espagne «comprend» les difficultés algériennes
Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a exprimé sa satisfaction de «la qualité remarquable» des relations entre les deux pays, des relations historiques sans contentieux qui s’appuient sur le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération datant de 2002. La coopération bilatérale progresse «harmonieusement à l’image de la cinquantaine d’accords que nous avons conclus ces dernières années et dans la quasi-totalité des secteurs», dira-t-il. Les discussions avec la partie espagnole ont porté « sur des sujets politiques, sécuritaires et diplomatiques qui retiennent particulièrement l’attention de nos deux gouvernements.
La lutte contre le terrorisme, le crime transnational et la migration illégale, les conflits et tensions qui persistent au Maghreb, au Moyen-Orient et au Sahel et la coopération régionale, notamment dans l’espace méditerranéen», ajoutera-t-il. Lors de la brève conférence de presse de presse avec son homologue espagnole, Ouyahia a rassuré sur les relations et la compréhension mutuelle, notamment sur les questions des mesures commerciales. Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy dira, de son côté, que l’Algérie « passe par une conjoncture difficile et que l’Espagne peut absolument comprendre ces difficultés et les réformes engagées pour redresser la barre ». «L’Algérie a de son côté promis de faire certains efforts pour ne pas pénaliser l’économie espagnole », dira Rajoy. Il ajoutera que l’Algérie est le plus important fournisseur de gaz à l’Espagne, 50% de son gaz annuellement. «L’Algérie est très importante pour nous», dira le Premier ministre espagnol. «C’est notre second partenaire commercial. Notre proximité géographique et la convergence de nos intérêts font que l’Algérie et l’Espagne ne peuvent avoir qu’un partenariat privilégié. »

« Modeste investissement hors hydrocarbures»
Dans son discours de clôture, le Premier ministre Ahmed Ouyahia notera qu’en dehors du secteur des hydrocarbures, la présence économique espagnole en Algérie demeure encore modeste avec 47 partenariats seulement, conclus en 15 années, pour un montant de moins de 2 milliards d’euros. Et d’expliquer que l’Algérie traverse une période difficile financièrement, du fait de la chute des prix des hydrocarbures qui a gravement affecté sa balance de paiement. Le gouvernement algérien a pris les mesures qui s’imposaient, notamment des «dispositions transitoires de sauvegarde en matière de commerce extérieur». «Nous savons que ces mesures pèseront transitoirement sur les exportations de nos fournisseurs traditionnels et espérons leur compréhension», dira Ouyahia. « Dans le même temps, ces mesures de sauvegarde commerciale constituent de nouveaux incitatifs à investir en Algérie où les opportunités sont multiples alors que le savoir-faire des entreprises espagnoles est varié, y compris dans des domaines inexplorés encore entre nos deux pays, tels que le management des infrastructures touristiques ou le développement des énergies solaires et éoliennes», dira Ouyahia. «L’Espagne pourrait ainsi compenser son manque à gagner commercial par les dividendes que rapatrieront ses entreprises qui s’engageront en Algérie», a-t-il ajouté.
« Quant aux critiques surannées sur l’environnement des affaires en Algérie, je voudrais relever que cela n’a pas empêché la venue de centaines d’investisseurs d’autres régions qui sont en train de prospérer en Algérie, prenant ainsi de l’avance sur leurs concurrents », a encore affirmé le Premier ministre faisant allusion à la règle 51/49. « Je dresse devant vous avec franchise ce constat de nos relations d’affaires, car c’est le langage qui sied, de mon point de vue, à des partenaires très proches et à des amis que nous sommes, des partenaires et des amis en devoir de faire plus dans l’intérêt mutuel et avec des avantages réciproques », a-t-il insisté. Enfin, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a achevé hier en fin d’après-midi sa visite officielle après avoir été reçu par le président Bouteflika. Il a été salué à son départ à l’aéroport international Houari-Boumediene par M. Ouyahia et des membres du gouvernement.