Le Sahel, éprouvé par les groupes terroristes qui y sévissent depuis des années, risque de connaître une aggravation de la situation avec l’arrivée annoncée des terroristes de Daech chassés de Syrie et d’Irak. La même crainte plane sur la Libye qui pourrait connaître un afflux massif de ces derniers.

Abdelkader Messahel, le chef de la diplomatie algérienne, et Taye Brooke Zerihoun, sous-secrétaire général des Nations unies, l’ont affirmé hier à Oran, à l’ouverture des travaux du forum de haut niveau africain sur les réponses antiterroristes efficaces et durables. Deux jours durant, les experts africains, et leurs collègues des organisations internationales et régionales, mais aussi leurs partenaires européens, américains et asiatiques, tenteront de répondre aux questions qui inquiètent au plus haut point le continent africain concernant la lutte antiterroriste et le radicalisme. L’ambassadeur Samail Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, a mis l’accent sur le rôle joué par l’Algérie dans la lutte antiterroriste et l’impulsion d’une action continentale dans cette direction, en rappelant ses efforts, notamment la création du Centre africain des études et de recherches dans le terrorisme (CAERT) dont le siège est à Alger, et récemment l’installation de l’Afripol, dont le siège est également à Alger.
Tout en faisant remarquer que l’étendue du terrorisme menace plusieurs régions du monde, l’orateur rappellera les derniers massacres commis dans plusieurs coins de l’Afrique, à commencer par l’Egypte, où 311 fidèles furent massacrés dans une mosquée au Sinaï, en passant par les 512 personnes assassinées à Mogadiscio, en Somalie, jusqu’aux 65 civils tués au Nigeria et les 12 Casques bleus assassinés au Congo.
«Ces incidents ne sont que quelques exemples des actes de violence continus perpétrés ces dernières années contre des civils innocents et ses soldats de la paix dans les régions du Sahel et du Lac de Tchad. «Les
récents attentats terroristes épouvantables constituent un appel urgent à l’action et un véritable test quant à notre détermination, qui demeure inébranlable», dira-t-il.
Pour M. Chergui, l’approche africaine, en matière de lutte contre ce phénomène, s’appuie sur la nécessité de s’attaquer aux conditions propices à la propagation du terrorisme.
L’UA reconnaît, dit-il, que le terrorisme prolifère dans des environnements de conflits politiques et d’instabilité. C’est pourquoi elle continue d’investir dans les efforts de médiation et résolution des conflits dans tous les pays et régions touchées.
Mais le commissaire africain reconnaît que la menace terroriste va grandissant, notamment avec la
déroute de Daech au Moyen-Orient. Les Nations unies estiment que sur les 30 000 combattants étrangers qui ont rejoint Daech en Syrie, 6 000 viennent d’Afrique. Ces éléments, dira M. Chergui, font leur retour vers le continent, «entraînant de ce fait de sérieuses implications pour la
sécurité nationale».
Lui succédant, le sous-secrétaire général des Nations unies, Taye Brooke Zerihoun, a abondé dans le même sens, attirant l’attention sur le risque de voir les terroristes chassés de Syrie et d’Irak rejoindre le Sahel et la Libye. Tout en saluant le rôle joué par l’Algérie dans la lutte antiterroriste et dans l’impulsion d’une coopération internationale et régionale en la matière, M. Zerihoun a indiqué que l’ONU insiste sur la collaboration de tous pour la réussite de la lutte antiterroriste.
Toutefois, il estimera qu’il serait vain de croire combattre le terrorisme sans s’attaquer aux causes qui le sous-tendent, à savoir le manque de démocratie, la corruption, l’exclusion et l’injustice. A peine rentré du Caire, où il prenait part à la réunion de la Ligue arabe, le chef de la diplomatie algérienne a regagné directement Oran pour réaffirmer l’attachement de l’Algérie à la lutte contre le terrorisme et le radicalisme et sa détermination à contribuer aux efforts régionaux et internationaux en vue d’éradiquer ces menaces.
Abdelkader Messahel dira que l’Afrique a accompli de grands pas dans l’action commune contre le terrorisme et rappellera les étapes franchies dans ce sens, que ce soit en termes de lois et de conventions signées, ou d’organismes spécialisés créés ou de mécanismes mis en place par les dirigeants africains. «Ce sont des pas importants visant à renforcer les capacités du continent à faire face à la menace terroriste» dira-t-il. Mais cela demeure insuffisant, selon lui, au regard des menaces et des défis qui s’imposent au continent : «Le recul du terrorisme en Syrie et en Irak pose de nouvelles menaces. Le retour prévisible des terroristes à leurs pays d’origine ou en Afrique afin de poursuivre leurs actions.» Le ministre rappellera que l’organisation terroriste, Daech, a appelé ses troupes à reprendre leurs actions en Libye et en Afrique. Il avouera que des mouvements de terroristes ont été signalés à plusieurs endroits. Il rappellera que les groupes terroristes locaux accueilleraient bien ces nouveaux venus rodés au combat et surtout disposant de connaissances en informatique et en réseaux sociaux. M. Messahel rappellera, enfin, que les groupes terroristes ont reçu des sommes colossales, de par leur jonction avec le grand banditisme, et profitent de la situation financière de certains pays, notamment, au Sahel, pour étendre leur emprise.