L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a mis en garde, hier, contre une forte volatilité des prix qui menace le marché pétrolier si les membres de l’Opep+ venaient à poursuivre leur conflit autour de la base de référence du calcul des quotas.

Par Hakim Ould Mohamed
Dans son rapport mensuel, publié hier, l’AIE avertit aussi contre les conséquences désastreuses d’une éventuelle guerre des prix que mèneraient certains gros producteurs siégeant dans l’Opep+, alors que la demande mondiale carbure à plein régime au lendemain d’un choc pandémique qui s’est avéré chaotique pour l’économie mondiale. «L’offre mondiale de pétrole continue de croître de mois en mois, mais pas assez vite pour répondre à une croissance de la demande encore plus forte. Avec des stocks aujourd’hui inférieurs à leur moyenne des cinq ans, il reste un écart que l’Opep+ pourrait combler pour cette année», écrit l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport mensuel. Sauf que pour répondre au rythme de la demande, l’Opep+ doit revoir à la hausse ses niveaux de production, une décision remise à plus tard faute d’un consensus. Les membres de l’Opep et leurs alliés parmi les producteurs non-Opep, dont la Russie, n’ont toujours pas réussi à s’entendre sur les niveaux de relèvement de leur production à compter du mois d’août.
Dans l’attente de cet accord tant espéré au sein de l’Opep+, la demande mondiale de pétrole a augmenté de 3,2 millions de barils par jour (mb/j) en juin, pour atteindre 96,8 mb/j, lit-on dans le rapport de l’AIE.
Au rythme où vont les choses, la demande mondiale, propulsée par une croissance qui renaît de sa récession historique de 2020, devrait dépasser les niveaux d’avant la crise d’ici la fin 2022. Elle pourrait ainsi s’établir à 99,5 mb/j en moyenne, prédit l’AIE, «bien que l’escalade des cas de Covid dans un certain nombre de pays reste un risque clé» menaçant cette prévision, ajoute l’institution. Côté offre, celle-ci a connu une hausse de 1,1 mb/j en juin, à 95,6 mb/j, l’Opep+ ouvrant légèrement les vannes tout comme les producteurs hors de l’alliance.

La croissance pourrait ralentir
Cependant, l’impasse dans laquelle s’est embourbée l’Opep+, depuis l’échec des négociations autour de la prochaine politique pétrolière du groupe, a précipité le marché dans une incertitude totale. «Les prix ont réagi vivement à l’impasse de l’Opep+ la semaine dernière, devant la perspective d’un déficit de l’offre accru si un accord ne pouvait être trouvé», souligne l’AIE dans son rapport. L’Agence soutient que «la possibilité d’une bataille pour le partage du marché, bien que lointaine, plane», tout comme la crainte «de prix du pétrole élevés à même de nourrir l’inflation et de compliquer une reprise économique fragile». L’Agence internationale de l’énergie anticipe, par conséquent, une forte volatilité du marché «jusqu’à ce que les décisions de production de l’Opep+ soient clarifiées». L’Agence estime que des prix élevés du brut ne seraient pas dans l’intérêt sur le long terme des pays producteurs, soulignant que de «tels prix pourraient accélérer le rythme de l’électrification des transports et des transitions énergétiques ; ils pourraient aussi peser sur la reprise économique en particulier des pays émergents et en développement», pointe le rapport de l’AIE qui semble aider les prix du brut à croître davantage, tant il est vrai que les projections d’une reprise robuste de la demande mondiale rassure les marchés.
En effet, les prix du pétrole allaient de l’avant, hier, après une semaine entamée, lundi, dans le rouge, galvanisés par les prévisions d’une forte reprise de la demande d’or noir le mois dernier. Vers 13H00, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre valait 75,56 dollars à Londres, en hausse de 0,53% par rapport à la clôture de la veille. A New York, le baril de WTI pour août gagnait à son tour 0,40%, à 74,40 dollars. Pendant ce temps de forte volatilité des cours, l’Opep+ n’a pas progressé d’un iota dans les tractations visant à résoudre le différend opposant deux de ses plus influents membres, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

La Russie peine à réconcilier Saoudiens et Emiratis
Cette guéguerre avait même empêché, la semaine dernière, la conclusion d’un accord sur la prochaine politique de production de l’Alliance Opep+. Pendant toute une semaine, la Russie a travaillé d’arrache-pied pour ramener Riyad et Abou Dhabi à la table de négociations aux fins d’évoluer sur un chemin d’un accord, ont déclaré, hier, des sources à Reuters. Mais une source russe a indiqué à l’agence britannique qu’une réunion n’était pas encore possible cette semaine. Un différend entre les deux alliés du Golfe a éclaté au grand jour, la semaine dernière, faisant échouer les efforts en vue d’un consensus pour une nouvelle hausse de la production à partir d’août. Les prix du pétrole, déjà proches de leur plus haut depuis 2018, en raison d’un resserrement du marché, ont encore augmenté la semaine dernière faute d’un accord, mais l’augmentation de la semaine écoulée a cédé place à une rechute, lundi, à l’ouverture hebdomadaire des marchés, avant que les projections rassurantes de l’AIE sur la demande mondiale ne viennent redonner des couleurs aux prix. La querelle a forcé l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, la Russie et d’autres producteurs, connue sous le nom d’Opep+, à abandonner les pourparlers sur l’augmentation de la production après des jours de négociations. La Maison-Blanche a déclaré la semaine dernière que les Etats-Unis surveillent les pourparlers entre l’Opep et ses partenaires. Le Kremlin a déclaré, ce lundi, que le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Joe Biden n’avaient pas discuté de l’Opep+ ou des prix du pétrole lors d’un appel téléphonique vendredi.
Dans une déclaration conjointe rendue publique, lundi, l’Arabie saoudite et Oman ont appelé à la poursuite de la coopération entre l’Opep et ses alliés. L’Opep+ a accepté l’année dernière de réduire sa production de près de 10 millions de barils par jour (bpj), soit environ 10% de la production mondiale, alors que la pandémie a frappé la demande. Les restrictions ont été progressivement assouplies et s’élèvent actuellement à environ 5,8 millions de b/j.