George Russell et Valtteri Bottas étaient en train d’assurer le doublé pour Mercedes quand l’équipe a décidé de les faire rentrer au 64e tour, dimanche. Le cafouillage total qui a suivi a ruiné la course des pilotes. Et même si le Britannique a opéré une belle remontée, une crevaison l’a mis définitivement hors-jeu. Au dernier Grand Prix d’Italie, Mercedes avait causé la perte de Lewis Hamilton en le faisant rentrer dans la pitlane fermée pendant une neutralisation. L’équipe allemande avait promis qu’on ne l’y reprendrait pas, qu’elle corrigerait cette défaillance en matière de communications radio. A Monza, l’énorme fail des champions du monde avait propulsé Pierre Gasly (AlphaTauri) sur la plus haute marche du podium. Au Grand Prix de Sakhir, dimanche, l’équipe de Toto Wolff a récidivé en ratant totalement un double arrêt de ses pilotes George Russell et Valtteri Bottas, alors premier et deuxième et, quasiment certains de le rester.

5’’30 POUR CHANGER LES PNEUS !
La seizième manche du Mondial vivait le 62e de ses 87 tours lorsque le team allemand a vu dans une neutralisation, provoquée par un accident du débutant Jack Aitken (Williams), l’opportunité d’observer un arrêt peu coûteux en temps, et de surcroît sans risques, a priori. A cet instant, George Russell était en tête avec 5 secondes d’avance sur Valtteri Bottas et 30 secondes sur Sergio Pérez (Racing Point). Mais tout ne s’est pas passé comme prévu devant le garage de Mercedes. Lorsque George Russell est arrivé, les mécaniciens semblaient prêts, mais ils ont mis 5»3 pour équiper sa W11 en pneus «dur». Un temps supérieur de deux bonnes secondes au standard en vigueur, qui allait être ajouté au délai catastrophique lors de l’intervention sur la n°77, qui patientait derrière, quasiment depuis le moment où la n°63 s’était immobilisée. Rapidement, on a compris que la confusion s’était emparée du «tyre crew» car trois nouveaux Pirelli «dur» (blancs) et un «medium» (jaune) étaient en place sur la machine de Valtteri Bottas, prêt à repartir. Le préposé au changement de la roue avant gauche, cerclé du jaune «medium», a alors interpellé ses collègues avec force gestes. Après quelques secondes supplémentaires pour remettre son pistolet pneumatique en état de fonctionner et mettre la bonne roue, le chrono s’est arrêté à 27»4. Finalement, on lui a remis les pneus avec lesquels il était arrivé.

« ON S’EST COMPLÈTEMENT LOUPÉ »
C’était la fin des espoirs de Valtteri Bottas de bien figurer dans cette course. George Russell, lui, était encore en lice pour signer sa première victoire en Formule 1 quand, quelques secondes après son retour en piste, il a été averti qu’on avait équipé sa voiture des pneus avant de Valtteri Bottas. Et sauf miracle, l’enquête de la FIA allait déboucher sur une sanction…
Revenu au stand deux tours plus tard, il en est reparti cinquième, derrière Bottas, avec tout à refaire. C’est alors qu’il proposa quelques dépassements incisifs, jusqu’à fondre sur le leader, Sergio Pérez (Racing Point). Mais une crevaison devait anéantir ses chances de succès, alors qu’il n’avait plus que 2»3 à combler sur le Mexicain. A l’arrivée, la neuvième place faisait figure de maigre récompense, derrière un Valtteri Bottas en perdition.
Toto Wolff a pris la responsabilité de ce second échec retentissant de la saison, qui aura au moins fait le bonheur de Sergio Pérez (Racing Point), auteur comme Pierre Gasly à Monza de sa première victoire en Formule 1. « Aujourd’hui, on s’est complètement loupé, a déclaré le directeur d’équipe de Mercedes. Simplement, les membres de l’équipe de mécaniciens n’ont pas entendu la décision (du choix de pneus). Il y a dû y avoir une défaillance de la radio dans le garage. Et quand la voiture est arrivée, ils ne savaient pas ce qu’ils devaient changer comme pneus, et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec les mauvais. C’était un arrêt sûr. Nous étions bien en pneus ‘dur’ et nous aurions pu rester en piste mais nous avions de la marge. Vous pouvez vous poser la question mais c’était la bonne décision. »

RUSSELL GARDE SA 9E PLACE
« J’ai des sentiments partagés, a déclaré George Russell, au micro de Canal+, qui s’est dit «dégoûté» dans le tour d’honneur. J’ai vu la victoire m’échapper une première fois, et c’était décevant. Puis je suis revenu sur Checo (Pérez) – j’avais réussi de beaux dépassements – et je l’ai perdue une seconde fois à cause d’une crevaison. Je n’arrivais pas à y croire. Le feeling dans la voiture était horrible, mais je suis fier du travail que nous avons fait. Cela aurait été incroyable de remporter la course, mais avec une course pareille je ne peux pas être heureux. Il y a tellement de choses qui me traversent l’esprit. » « Mon départ n’a pas été très bon, a reconnu Valtteri Bottas, qui n’a converti qu’une de ses cinq pole positions en victoire cette année, à Spielberg. Le deuxième relais était bien, le rythme était bon, et puis, au pitstop, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Il y avait les mauvais pneus. C’était assez compliqué pour moi. Nous avions suffisamment d’avance (25 secondes sur Pérez) pour faire cet arrêt, mais il y a eu un mélange. On va en parler avec l’équipe. » La panique a été telle que Mercedes l’a fait repartir avec les pneus qu’il avait à l’arrivée dans la pitlane. Ce qui lui a fait dire quelques tours plus tard : « Ces pneus sont épouvantables ».
Pour George Russell, l’histoire s’est au moins bien terminé chez les commissaires de la FIA, qui ont décidé de lui laisser le bénéfice de sa 9e place, estimant que le fautif était Mercedes, mis à l’amende (20 000 euros). C’est donc dans ces circonstances que le jeune Britannique a inscrit ses premiers points en Formule 1. n