Lewis Hamilton et Mercedes ont transformé leur statut de challenger en celui de vainqueur épique au bout d’une bataille contre Max Verstappen et Red Bull, piégés par l’audace des champions du monde. Mais le Britannique a reconnu avoir souffert pour repousser le Néerlandais en fin de course.
Quelle magistrale 96e victoire pour Lewis Hamilton ! Avant-hier, le Britannique et son équipe Mercedes ont déjoué les pronostics en renversant les favoris Max Verstappen et Red Bull au bout de 56 tours de suspense. Battu de 0»388 par le Néerlandais dans la chasse à la pole position samedi, le septuple champion du monde n’avait raisonnablement pas beaucoup de chances de franchir en vainqueur la ligne d’arrivée du Grand Prix de Bahreïn, qui ouvrait le Championnat du monde 2021. Mais il avait promis de rendre cette course aussi excitante que possible, et il a tenu parole avec son équipe. « Nous avons abordé cette course en nous sachant sur la défensive, a expliqué le septuple champion du monde de 36 ans, à Sky Sports. Nous savions que ce serait des débuts éprouvants mais tout le monde a bossé dur pour maximiser ce que nous avions. C’était dur de rester mentalement concentré pour ne pas commettre d’erreur. » « La pression était immense, a-t-il repris. C’est un pilote fantastique, ils (Red Bull) ont la voiture la plus rapide, donc j’ai vécu l’un de mes plus rudes moments pour le garder derrière moi avec ses pneus frais. Nous nous sommes livré une sacré bagarre, ce n’est pas la fin pour eux. Ils vont revenir plus forts à la prochaine course », a-t-il conclu.

RED BULL NE S’EST DOUTÉ DE RIEN
Dans une course à deux arrêts qui a souvent offert beaucoup d’action depuis sa création en 2004, Lewis Hamilton et Mercedes savaient que la stratégie pourrait jouer un rôle. A bord d’une monoplace particulièrement instable au niveau du train arrière – donc en manque de grip et de traction – Lewis Hamilton avait cette carte à abattre. Un joker dont aurait pu se méfier Red Bull en prenant connaissance du commentaire post-qualification d’Andrew Shovlin, qui dévoilait à mot couvert ce que l’écurie allemande préparait. « Nous ne sommes peut-être pas en en pole position mais nous avons deux voitures devant et un train supplémentaire de pneus ‘dur’, et j’espère que nous pourrons nous créer des opportunités à partir de ça », avait soufflé le directeur de l’ingénierie Piste de la firme à l’Etoile. L’équipe dirigée par Christian Horner surveille les communications de l’équipe de Brackley pour en tirer des informations. On se souvient notamment qu’après le dernier Grand Prix 2020, à Abou Dabi, Max Verstappen avait révélé à Lewis Hamilton et Valtteri Bottas, stupéfaits, qu’ils avaient roulé avec un moteur dégonflé à cause d’un problème technique.
Mais là, visiblement, Red Bull ne s’est douté de rien. Trop sûr que le Pirelli type «medium» était la panacée dans cette course, elle n’a pas compris que Mercedes était sur un plan alternatif basé sur le «dur». Samedi soir, Pirelli avait d’ailleurs rappelé que la séquence la plus compétitive pour les 56 tours était de démarrer en «medium», puis de prendre des «dur» pour finir en «medium». En aucun cas aligner deux relais en «dur».
Telle ne fut donc pas la surprise pour Red Bull de voir Lewis Hamilton performer avec ces enveloppes après son premier arrêt au stand, au 15e tour, et aller d’emblée plus vite que son pilote leader en «medium». Un piège venait de se refermer…
Trois tours plus tard, Max Verstappen s’est engouffré dans la pitlane avec la certitude d’en sortir derrière Lewis Hamilton. Et pas qu’un peu : son avance de presque deux secondes s’était transformée en débours de sept unités ! Avec ses gommes jaunes neuves, il a divisé cet écart par deux jusqu’à ce que Lewis Hamilton obéisse à contre-cœur à l’ordre de passer une seconde fois parmi ses mécaniciens. Pour reprendre des «dur», évidemment !
« IL FALLAIT DONC TENTER QUELQUE CHOSE D’ASSEZ SPÉCIAL »
On sait ce qu’il en est advenu : propulsé en tête, Max Verstappen a poussé le plus loin possible ses gommes – jusqu’au 40e tour – pour s’offrir une remontée qui promettait d’être irrésistible. Elle le fut jusqu’à cette attaque hors limite du 53e passage. Une erreur corrigée par la restitution de sa position gagnée en dehors de la piste, au large du virage n°4. Que le Batave n’a pu reproduire nulle part ensuite.
« Quelle course éprouvante ce fut », s’est exclamé Lewis Hamilton, à sa descente de voiture. « Stopper tôt signifiait que ça allait être difficile mais il fallait couvrir Max. Ils (Red Bull) avaient eu une performance sensationnelle tout le week-end, il fallait donc tenter quelque chose d’assez spécial. Mais cela supposait une gestion prudente du capital pneumatique. Nous devions trouver le juste milieu pour ne pas trop attaquer afin de préserver les pneus. Max était derrière moi à la fin mais nous sommes parvenus à le retenir. J’adresse un énorme merci aux hommes et aux femmes à l’usine pour être parvenus à continuer de repousser les limites. Nous adorons le challenge. C’est vraiment un super départ pour nous, après des tests où nous étions à 6-7 dixièmes derrière. »
Selon des informations de la Gazetta dello sport, Mercedes présentera une W12 avec un fond plat modifié dès le prochain week-end de course, au Grand Prix d’Emilie-Romagne, les 16, 17 et 18 avril à Imola. n