Ce sont 1 000 hectares qui font chaque année l’objet d’une campagne nationale de reboisement, mais, en parallèle, 10 000 hectares de périmètres boisés sont détruits annuellement en période des grandes chaleurs par des incendies. Un rapport tout à fait alarmant car à ce rythme, il met en péril le patrimoine forestier national.

Du coup, une question s’impose : comment inverser ce rapport ? Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Cherif Omari préconise dans ce sens «d’élargir les missions de la Commission nationale de protection des forêts (CNPF) et réviser le cadre juridique afin de définir les principaux repères d’une politique préventive et opérationnelle de protection des forêts contre divers dangers, notamment les incendies ». Ce dernier, qui se prononçait jeudi dernier lors d’une réunion de coordination de la CNPF, en présence de membres du Gouvernement concernés par cette problématique des feux de forêt, a expliqué que ces dispositions « visent à permettre à la CNPF de renforcer ses moyens de protection des forêts contre les incendies ». Il dira également que dans la perspective d’une meilleure protection de la forêt, la recherche scientifique et la formation par le biais de l’Ecole supérieure des forêts de Khenchela ont un rôle majeur. Le ministre a, par ailleurs, mis l’accent dans son allocution sur « le renforcement de la coordination entre les différents intervenants sur le terrain, notamment entre les services de la Protection civile et ceux des forêts ainsi que l’élargissement de la coordination à travers la mobilisation de toutes les énergies et tous les responsables locaux, de l’administration, élus et responsables des corps de sécurité, ainsi que les citoyens, notamment ceux qui habitent à proximité des forêts. Sur ce dernier point, le ministre de l’Agriculture a révélé que près de 6 millions de personnes vivent près des massifs forestiers. Devant cette donne, il suggère à ce que notamment les jeunes s’impliquent dans les programmes de développement forestier et rural et que les populations s’intègrent aux activités complémentaires à caractère socioéconomique, à l’instar de l’exploitation des ressources forestières en bois, liège, plantes aromatiques et médicinales avec la participation des conseils professionnels des filières forestières. Un objectif escompté par le secteur à travers les nouvelles dispositions citées plus haut. Toujours dans ce même sillage, le ministre de l’Enseignement supérieur M. Chitour a, lors de son intervention, indiqué que « la forêt a un rôle majeur dans le développement du pays ». Non sans souligner que l’on peut créer de la richesse à partir des métiers de la forêt, « mais jusqu’ici, nous n’avons pu exploiter ces atouts », a-t-il déploré. Et de lancer enfin dans ce sens : « Il faut protéger la forêt et en tirer le meilleur. » De son côté, la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, Nassira Benharrat, a fait état de la participation de son secteur à cette rencontre, compte tenu du rôle axial des forêts dans la préservation de la biodiversité et de l’équilibre biologique, relevant l’élaboration d’une stratégie et d’un plan nationaux pour la préservation des systèmes écologiques et des forêts. Comme elle a insisté sur le fait que « la forêt est indissociable de l’environnement, c’est pour quoi il est impératif de la protéger et aussi de multiplier sa surface ». Le ministre des Ressources en eau Arezki Berraki a, pour sa part, affirmé, dans son allocution, que son secteur œuvrait en coordination avec le secteur agricole à mener à bien son programme ambitieux relatif à l’élargissement de la couverture végétale. Et à ce titre, il a rappelé que l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) avait participé à l’élaboration du plan national de reboisement ayant pour objectif le reboisement d’un espace dépassant 1,2 million d’hectares. Quant au ministre délégué chargé de l’Agriculture saharienne et des Montagnes, Fouad Chehat, a insisté sur l’impérative intensification des efforts de tous les secteurs dans le souci de faire face au danger des incendies de forêt qui détruisent en moyenne chaque année près de 10 000 hectares alors que le reboisement opéré chaque année ne dépasse les 1 000 hectares, « c’est pourquoi, il devient utile d’élargir des espaces forestiers ». Il y lieu de rappeler enfin que le domaine forestier du pays s’étale sur une superficie de 4,5 millions d’hectares, dont 21 048 hectares ont été parcourus par les feux durant l’été 2019. Selon les statistiques de la CNPF, la superficie parcourue par le feu en 2019 est au-dessous de la moyenne enregistrée durant la décennie 2009-18 et cela malgré les conditions caniculaires marquées par des pics de chaleur dépassant par endroit les 44° sur le littoral du pays pendant la période estivale. n