C’est en tout cas le moyen que l’Exécutif semble privilégier en ces temps d’embellie du marché pétrolier pour éviter l’endettement extérieur et la planche à billets, deux options exclues par le gouvernement. Le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a expliqué que le prix référentiel du baril de pétrole pour le projet de loi de finances 2022 a été fixé à 45 dollars, alors que celui en cours actuellement sur le marché est aux environs de 85 dollars. Le différentiel alimentera le Fonds de régulation des recettes qui «contribuera à l’absorption du déficit budgétaire».

Par Hakim Ould Mohamed
Comme à l’accoutumée, la récurrente question sur le financement du déficit resurgit, alors que s’ouvrent les débats sur le projet de budget de 2022 au sein de l’Assemblée. Le déficit budgétaire au titre du prochain exercice s’élèvera à environ 4000 milliards de dinars, contre près de 2900 milliards de dinars cette année, une aggravation due essentiellement à l’augmentation des dépenses globales qui s’élèveront à près de 10.000 milliards de dinars. C’est environ 1000 milliards de dinars de plus que cette année. Bien évidemment, à la sortie d’une année 2021 qui était aussi difficile pour les entreprises et les ménages qu’en 2020, le gouvernement n’a de choix que de casser la tirelire pour répondre à la conjoncture post-pandémique et accompagner au mieux la reprise. Cette hausse des dépenses est une tentative on ne peut plus claire de transiter vers un retour à la normale. Sauf que les nouvelles dépenses entraîneront le creusement du déficit budgétaire, lequel soulève, à nouveau, la question de son financement, même si le gouvernement aborde les grands arbitrages budgétaires de 2022 dans de meilleures conditions que celles précédant les arbitrages de l’année en cours. Ce pourquoi, l’une des pistes suggérées par l’Exécutif pour le financement du déficit budgétaire consiste à puiser dans le Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR) qui connaitra une plus-value en 2022 grâce à la hausse des prix du pétrole au-delà du prix de référence fixé dans l’avant-projet de loi de finances 2022. Interrogé, dimanche, par les membres de la commission des finances et de budget de l’APN (Assemblée populaire nationale) sur les voies et moyens permettant la résorption du déficit prévu pour 2022, le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, a affirmé que son gouvernement «ne recourra pas à la planche à billets ni à l’endettement extérieur». Il a, à ce titre, expliqué que le prix référentiel du baril de pétrole a été fixé à 45 dollars, alors que le prix du baril est actuellement aux environs de 85 dollars. Ainsi, ce différentiel des deux prix alimentera le Fonds de régulation des recettes, lequel «contribuera à l’absorption de ce déficit». Cette option a été longtemps expérimentée avant que le choc pétrolier de 2014 vienne siphonner les avoirs du FRR qui, en 2014, caracolaient à près de 5000 milliards de dinars. Le choc pétrolier de 2014 a ensuite absorbé l’ensemble des avoirs stockés dans le FRR, mis en veilleuse début 2017 faute de ressources.

Pas de recours à l’argent de Sonatrach et de Sonelgaz
Ce n’est qu’en 2020 que le Fonds de régulation de ressources pétrolières retrouve quelques couleurs en raison d’une légère hausse des prix en fin d’exercice, contribuant, en partie, au financement du déficit de 2020. «L’Algérie est l’un des rares pays dans la région où la dette intérieure atteint des niveaux faibles, et qui n’a pas eu recours à l’endettement extérieur durant la période de la crise sanitaire en dépit de ses répercussions sur les économies du monde, et ce, grâce aux mesures adoptées par les pouvoirs publics en la matière», a indiqué le Premier ministre, comme pour dire que le financement du déficit se fera dans des conditions plutôt confortables. Il a assuré que son Exécutif ne recourra pas non plus à l’argent de certaines entreprises publiques pour financer le déficit, comme ce fut le cas en 2020. Le ministre des Finances a ainsi fait savoir, à la même occasion, que l’Etat comptait renoncer aux bénéfices des deux groupes publics, Sonatrach et Sonelgaz, et d’autres entreprises publiques, pour leur permettre de les réinvestir et d’élargir leurs activités. Dans la foulée, Aïmene Benabderrahmane a précisé que le gouvernement s’attend à une baisse des revenus exceptionnels, notamment des bénéfices des entreprises publiques comme Sonatrach et Sonelgaz. Face au creusement du déficit budgétaire en 2020, le gouvernement a dû prélever sur les dépôts bancaires de Sonatrach et d’autres entreprises publiques, en plus du recours au reliquat de la planche à billets déposé dans le compte courant du Trésor public. Cette option a été ainsi évincée des calculs budgétaires du gouvernement pour 2022 ; pariant sur un retour au financement du déficit par les avoirs du Fonds de régulation des recettes pétrolières, créé dans le début des années 2000 et devait servir d’un fonds d’investissement avant que sa vocation soit transformée et ses avoirs mobilisés au profit du financement des déficits générés alors par les politiques d’expansion budgétaire qui ont marqué les années du pétrole cher. Cette option présente en tout cas moins de risque qu’un sempiternel recours à la planche à billets, porteuse, elle, d’importants risques inflationnistes et de dérapages budgétaires.
Le seul risque que cette option présente est que les cours du brut rechutent à nouveau au-dessus de 45 dollars le baril, qui est le prix de référence sur lequel est bâti l’avant-projet de loi de finances 2022.