Les syndicats autonomes de la Fonction publique ont décidé d’un mouvement de grève de deux jours, les 26 et 27 avril ; une action unitaire qui se déroulera sous la bannière de la Confédération des syndicats algériens (CSA).

PAR NAZIM BRAHIMI
Cette démarche vient exprimer « la colère des travailleurs », selon le communiqué diffusé avant-hier par la CSA, qui motive son action par la question du pouvoir d’achat et qui n’exclut pas la possibilité de radicaliser le mouvement dans le cas où les autorités ne répondent pas favorablement aux revendications des fonctionnaires.
L’ébullition du front social était déjà dans l’air. Elle a été visiblement alimentée et poussée par la « déception » générée auprès des travailleurs par la « révision insignifiante » du point indiciaire des salaires de la Fonction publique. Mais au-delà des motivations de cette grève, il semble bien qu’elle caractérise la relation tendue entre les organisations socioprofessionnelles et le gouvernement. Entre les deux, la confiance est absente.
Cette absence de confiance a des explications lointaines, comme l’ostracisme pratiqué par le gouvernement à l’égard des syndicats, à l’exception de l’UGTA, et le choix de ne pas les inviter aux précédentes tripartites. Elle a aussi des explications plus récentes comme la décision de faire une loi sur le syndicalisme sans consultation ni même discussion avec les concernés, une démarche qui n’a pas été du goût des organisations syndicales qui ont pointé ce qu’elles ont qualifié d’« exclusion » du partenaire social. Preuve en est, l’annonce par le ministre du Travail d’un nouveau texte de loi sur le sujet qui n’a pas aplani les aspérités ni convaincu les syndicats autonomes que le gouvernement est prêt au dialogue avec les représentations syndicales.
Le résultat est qu’il s’est installé un rapport de force qui ne dit pas son nom et qui est bien réel, puisque la CSA a décidé d’aller vers un arrêt de travail de deux jours avec la « menace » de passer vers des actions plus radicales. Une manière pour ses animateurs de signifier au gouvernement que « si les décisions sont prises en haut de manière unilatérale, la base agit aussi en solo », d’autant que pour les syndicats, l’argument est une massue : la dégradation du pouvoir d’achat et le renchérissement des prix des hydrocarbures. La CSA a d’ailleurs établi un constat d’une « dangereuse situation sociale des salariés algériens », laquelle « présage d’une explosion sociale », tout en pointant « l’incapacité du gouvernement à juguler la hausse des prix et à mettre fin à la dégradation des services publics ».
Raison pour la CSA d’évoquer ce qu’elle considère comme « l’inanité des dernières décisions prises par le gouvernement se traduisant par la diminution de l’IRG (impôt sur le revenu) et la révision de la grille salariale des travailleurs en raison de l’absence d’impact positif sur le pouvoir d’achat des travailleurs ».
Sous le sceau de l’urgence, la CSA a formulé des propositions, notamment le relèvement du point indiciaire à 100 DA (contre 45 DA actuellement), appelant également à la création d’un Observatoire national pour protéger le pouvoir d’achat et à ouvrir le dossier des régimes indemnitaires et l’actualisation des primes de zones.
Tableau de paradoxes !
A propos justement du point indiciaire, pomme de discorde entre le gouvernement et les syndicats autonomes, et dont la révision a suscité une grosse déception chez les fonctionnaires, il est appréhendé de manière diamétralement opposée par la Directrice des Systèmes de paie à la Direction générale du budget, relevant du ministère des Finances, Nacéra Moussaoui.
« L’augmentation du point indiciaire concerne deux volets : le premier est relatif à l’augmentation de la grille indiciaire des salaires, c’est-à-dire, une augmentation verticale de l’indice minimal de chaque catégorie et une augmentation horizontale de l’indice minimal correspondant aux grades », a souligné la responsable. « L’autre volet est lié aux primes et indemnités mensuelles, sachant que celles-ci sont calculées sur le salaire de base, avec un pourcentage variant d’un secteur à l’autre (éducation, santé…), de pas moins de 65% », a-t-elle poursuivi, ajoutant que « l’augmentation touchera toutes les primes ».
Pour elle, lorsqu’on ajoute 50 points à l’indice dans le salaire de base et jusqu’à 30 points dans les grades, l’on obtient un total de 80 points multipliés par la valeur du point indiciaire (45 DA). S’agissant des règles prises en considération lors de la révision de la grille indiciaire, la responsable a expliqué que le système de rémunération dans la Fonction publique s’appuyait sur la qualification pour chaque catégorie, de manière à ce que l’avancement dans la catégorie donne lieu à une augmentation du salaire de base.
« 50 points ont été ajoutés à chaque catégorie pour maintenir ces écarts opérés par le système compensatoire, mais les augmentations restent, grosso modo, destinées aux personnes à faible revenu pour améliorer leur pouvoir d’achat », a fait savoir la représentante du ministère des Finances.
A la fin, c’est un tableau bourré de paradoxes qui se décline avec, d’un côté, un chef de l’Etat qui a dit d’un ton insistant qu’il ne laissera personne au bord de la route et qui prend des initiatives dans ce sens, mais qui ne satisfont personne du côté des fonctionnaires.
La distance entre l’Exécutif et le travailleur s’est aggravée par le fait que le Parlement, supposé être un médiateur et jouer le rôle d’arbitre entre les deux parties, est étrangement en déphasage avec les réalités du pays, donc totalement hors course.
Face à cela et sous réserves de nouveaux développements, l’Exécutif semble s’accommoder d’un champ socioprofessionnel engagé depuis longtemps dans des mouvements sociaux de basse intensité.
Sauf que des problèmes d’une autre nature surgissent, comme c’est manifestement le cas dans l’Education nationale, où les mouvements de basse intensité ont un coût considérable puisqu’ils génèrent une perte de temps pédagogique et donc du niveau de démonétisation du statut de l’enseignement et l’école est devenue un champ de batailles de lutte ouvrière. n