Le constat de l’inutilité d’un grand nombre d’intervenants administratifs pour la prise en charge et l’accompagnement de l’acte d’investissement dans le pays devient récurrent et se fait de plus en plus précis. A l’index, le trop plein qui existe au niveau des organisations censées faciliter la création de projets économiques, mais qui en réalité font figure d’entonnoir bureaucratique qui étouffe le champ des affaires…

Par Hakim Ould Mohamed
Les lourdeurs bureaucratiques entravant l’investissement ont été, à nouveau, au centre du débat ; le directeur général de l’ANDI (Agence nationale de développement de l’investissement), Mustapha Zikara, pointant un chevauchement dans les missions des différents organismes intervenant dans le processus de l’investissement. Le DG de l’ANDI fait allusion, bien évidemment, aux trois instances intervenant, actuellement, dans l’acte d’investir, à savoir le CNI (Conseil national de l’investissement), qui se trouve sous la coupe du Premier ministre, le ministère de l’Industrie et l’ANDI. Ce foisonnement d’organismes et de prérogatives a été perçu depuis toujours comme étant un des éléments retardant et/ou entravant le processus d’investissement, d’où la question d’une refonte et de transfert des missions de certains organismes posée en 2020, mais qui semble remise à plus tard pour des raisons jusqu’ici inexpliquées.
Début 2020, l’ancien ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali, avait annoncé que «la refonte du CNI et du CPE était à l’ordre du jour». «On s’attèle à revoir ces deux structures, revoir leurs statuts, leurs prérogatives et leur utilité», a déclaré l’ex-ministre de l’Industrie dans un entretien à l’APS. «Si le résultat de l’évaluation est négatif, il se pourrait que les prérogatives du CNI soient transférées au CNES (Conseil national économique et social)», a-t-il souligné. Si, depuis, cette réforme dont il est question a été évacuée du débat public sur les voies et moyens de nature à libérer l’acte d’investir des entraves bureaucratiques, le CNI a été maintes fois pointé du doigt, aussi bien par les économistes que par les responsables officiels, le reléguant, quelquefois, à une instance de blocage plutôt que de facilitation de l’investissement. Il y a quelques semaines, le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, a jeté un grand pavé dans la mare en annonçant un nombre de 2.500 projets d’investissement en attente de l’aval du Conseil national de l’investissement (CNI). Cette annonce était contenue dans le rapport préliminaire de la Commission des affaires économiques et financières du Conseil de la Nation sur le texte de loi de Finances pour l’exercice 2022. Cette annonce a eu l’effet d’une bombe dans les milieux d’affaires, les économistes y voyant un manque à gagner non des moindres pour l’économie nationale, surtout lorsqu’on sait que le CNI ne s’exprime que sur les projets d’investissement, dont les montants atteignent ou dépassent les 5 milliards de dinars ainsi que les investissements étrangers et qui nécessitent son accord préalable. Une simple arithmétique fait ressortir un total de 12.500 milliards de dinars, ce qu’équivaudrait à 90 milliards de dollars de projets d’investissement qui sommeillent dans les tiroirs du CNI. L’ex-président du CNESE, Réda Tir, avait indiqué pour sa part que le Conseil qu’il présidait a proposé «d’en finir avec le CNI (Conseil national de l’investissement), de modifier la loi sur la monnaie et crédit, de créer une banque de l’export et de supprimer le CPE (Conseil des participations de l’Etat)». Pour ce qui est de la réforme du secteur public marchand, le CNESE, par la voix de son président, a également recommandé au gouvernement la création d’une agence nationale des participations de l’Etat pour centraliser toute la gestion de ce secteur et la rendre plus efficace. «Le CNI et le CPE sont des conseils éphémères et constitués de bureaucrates», avait estimé Réda Tir. Le directeur général de l’ANDI est le dernier responsable officiel en date à critiquer le chevauchement des prérogatives entre les différents organismes en charge de l’investissement, y voyant une entrave à l’acte d’entreprendre. Mustapha Zikar, invité, hier, dans les studios de la radio algérienne, a affirmé à ce propos : «Nous ne savons pas travailler ensemble», appelant à établir des «procédures très claires» pour «éviter des chevauchements d’attributions».
Le DG de l’ANDI a annoncé, par ailleurs, que 890 dossiers d’investissement sur un total de 900, jusque-là bloqués pour divers motifs, ont connu un dégel depuis décembre 2021, et sont en train d’entrer en activité. Il n’en reste donc, à présent, selon lui, que 75 dossiers toujours bloqués au niveau de l’ANDI, et ce, pour des raisons judiciaires puisque les enquêtes sont toujours en cours. <