Les conséquences du confinement planétaire imposé par le Covid-19 n’ont pas encore révélé toute leur ampleur sur la place économique mondiale et leur évaluation par les institutions compétentes ne cessent de gagner en pessimisme, augurant d’un désastre que même le mot récession ne serait peut-être pas assez fort pour le décrire.

Chez le Fonds monétaire international (FMI), les prévisions de la mi-avril dernier n’ont pas attendu longtemps pour être révisées, au gré d’une pandémie dont l’échéance d’une diminution reste toujours difficile à prévoir.
Moins d’un mois après avoir établi son rapport sur les perspectives de la croissance économique mondiale, et tablé sur une régression de 3% pour 2020, le FMI vient de brosser un tableau encore plus pessimiste. Une révision de position que le fonds justifie par le manque de moyens médicaux dans certains pays pour faire face au virus et réduire de la pandémie durant le second semestre, comme l’avait estimé le Fonds. Ce qui a poussé la directrice de cette institution, Kristalina Georgieva, à faire montre de plus de préoccupations et d’alerter sur des perspectives encore plus sombres pour l’économie mondiale.
«Les données économiques nous arrivant de beaucoup de pays sont en dessous de notre analyse déjà pessimiste pour 2020. Et en l’absence de solutions médicales, des scénarios plus défavorables pourraient malheureusement se concrétiser pour certaines économies», a souligné, vendredi, Kristalina Georgieva, qui participait par liaison vidéo à un colloque organisé à Florence, en Italie. Elle a rappelé qu’à la mi-avril, le FMI avait publié ses prévisions sur «la plutôt désastreuse performance de l’économie mondiale reculant de 3% cette année, pour ensuite connaître un rétablissement partiel en 2021». Or, «le comportement inconnu du virus obscurcit l’horizon de nos prévisions», a-t-elle souligné. «En supposant que nous aurons des traitements et des vaccins au plus tard début 2021, alors nous pouvons compter sur un rétablissement», a jugé Mme Georgieva. Cette reprise passe cependant par des tests et un traçage des personnes positives «sur une plus grande échelle», a-elle ajouté.
En fait, ce scénario encore plus pessimiste tracé par le FMI pour l’économie mondiale était plutôt prévisible, puisqu’en annonçant une récession de 3%, l’institution de Bretton Woods n’avait pas manqué de prévenir que la situation pourrai être «bien pire», reconnaissant la difficulté de faire des prévisions économiques.
Pour les pays développés, le Fonds avait tablé sur une récession de 6,1%. Aux Etats-Unis, première économie du monde, la contraction du PIB devrait être de 5,9%. Dans la zone Euro, le PIB va même dégringoler de 7,5% avec des populations en Italie, en Espagne et en France, durement frappées par le coronavirus. Dans la zone Amérique latine et Caraïbes, la récession sera à peine moins marquée (-5,2%).
Pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, le FMI table sur une baisse du PIB de 2,8%. La Chine et l’Inde devraient tirer leur épingle du jeu avec une croissance respective de 1,2% et de 1,9%.
Concernant la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena), le PIB devrait se contracter de 3,3% en 2020, avait estimé le FMI à propos d’une région qui compte de nombreux pays producteurs pétrole et dont les économies subissent de plein fouet l’effondrement des prix de l’or noir provoqué par le coronavirus. C’est le cas, entre autre, de l’Algérie dont le PIB devrait chuter de 5,2% en 2020, avait indiqué le FMI dans son rapport, prévoyant toutefois un redressement en 2021, avec une croissance économique qui passerait de seulement 0,7% en 2019 à 6,2% en 2021. Le rebond de la croissance est conditionné, néanmoins, par un retour progressif de l’activité économique ainsi que par le plan de sauvetage qui sera mis en place par le gouvernement.
Pour l’indice des prix à la consommation, le FMI prévoit une forte augmentation pour 2020 et 2021, avec respectivement 3,5% et 3,7% en 2021, contre 2% en 2019. Concernant la balance courante, qui avait reculé de 9,6% en 2019, elle devrait chuter en 2020 de 18,3% et de 17,1% en 2021.
En sus, le document du FMI évoque une hausse en Algérie du taux de chômage qui,en 2019, s’élevait à 11,4%. Le nombre des personnes qui se retrouvent sans emploi devrait augmenter en 2021 et puis enregistre une baisse légère l’année d’après. Ainsi, le taux de chômage devrait grimper à 15,1% cette année avant de redescendre sensiblement, pour atteindre 13,9% en 2021.
Il y a lieu de préciser que le rapport du FMI avait été établi avant l’accord de réduction massive conclu entre l’Opep et ses partenaires le 12 avril et entré en vigueur le 1er mai.<