Le secteur du bâtiment n’arrête pas de subir de nombreux contrecoups. Après un arrêt forcé suite la pandémie de Covid-19, le redémarrage du BTPH a été une tâche très ardue. Et dans le sillage des difficultés déjà existantes et fort préjudiciables au secteur, est venue s’ajouter une hausse des prix des matériaux de construction mettant, ainsi, plus à mal un secteur déjà en mal de reprise.

PAR INES DALI
C’est le prix de l’acier sur le marché international qui a atteint des sommets qui préoccupe la profession cette fois-ci. «Le prix de l’acier européen pour barres d’armature, crucial pour l’industrie de la construction, a atteint un nouveau record historique de 1.425 euros la tonne», selon les informations répercutées par des agences de presse. Ces dernières expliquent que cette augmentation est observée notamment depuis le conflit russo-ukrainien. Les deux pays en conflit étant de grands fournisseurs de ce matériau, il n’est pas exclu que cette hausse des prix s’inscrive dans la durée et entraine, dans son sillage, comme pour d’autres secteurs d’ailleurs, des conséquences fâcheuses pour le secteur du bâtiment.
Le risque d’un nouveau problème pour cette activité en Algérie, alors que de nombreux autres ne sont pas encore résolus, enfonce le sentiment de «malaise» des professionnels du secteur qui n’ont pas arrêté de tirer la sonnette d’alarme ces derniers mois et alerté quant à un éventuel effondrement.
Pour l’heure, malgré d’autres difficultés que connait le secteur, il semble qu’il soit épargné par une répercussion de la hausse des prix de l’acier ou du rond à béton, matière indispensable dans le secteur du bâtiment. Il y a des fluctuations des cours qui sont observées dans une certaine fourchette, mais sans que cela ait pu atteindre des niveaux d’alerte. Les prix ont, donc, «augmenté depuis l’éclatement du conflit ukrainien, mais sont restés fluctuants sans atteindre le seuil d’alerte», affirme le président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), Mourad Khelloufi.
Selon les échos qui lui sont parvenus de la part des opérateurs, les prix ont même connu «une certaine baisse ces deniers jours», ce qui conforte, en quelque sorte, les déclarations de la société de fer et d’acier Tosyali Algérie selon laquelle le pays affichait «les prix du fer les plus compétitifs du bassin méditerranéen». Elle a déclaré, dans un communiqué rendu public en mars, que «le prix du fer produit et commercialisé en Algérie s’avère plus concurrentiel et le moins cher dans tout le bassin méditerranéen. On peut aisément situer cette réduction de 10% comme prix préférentiel fourni au marché local par les producteurs nationaux en comparaison avec les prix affichés sur d’autres marchés». L’entreprise a expliqué que ce tarif préférentiel est «dû essentiellement aux encouragements des pouvoirs publics pour maintenir une bonne cadence de production afin de satisfaire les besoins locaux, d’une part, et, d’ autre part, d’offrir les meilleurs prix par rapport aux importations. Ces prix compétitifs sont aussi le résultat des efforts soutenus des investisseurs producteurs à l’échelle nationale».
Commentant la situation actuelle des prix de l’acier en Algérie, le premier responsable de l’association des entrepreneurs du bâtiment a estimé que la baisse des prix de l’acier ou du moins la stabilité des prix pour le moment est «un indice qu’il y a des décisions au niveau du gouvernement pour faire baisser les prix des matériaux de construction et permettre, ainsi, aux entreprises du secteur de finaliser les projets dont ils ont la charge». En fait, si les prix des matériaux augmentent, ils vont entrainer une augmentation des prix des projets et l’Etat va rembourser donc le différentiel aux entrepreneurs. En revanche, en prenant des décisions afin de maintenir les prix dans une certaine proportion, il y a une certaine maitrise du coût du projet même s’il s’avère qu’il y ait d’autres facteurs pouvant influer sur la révision du prix global d’un projet. Ce qui est visé, c’est d’éviter d’avoir de nouvelles évaluations qui s’éloigneraient de façon drastique de l’enveloppe initiale consacrée aux projets à réaliser.
Les entreprises du bâtiment, par le biais de leur association, ont fait part de leurs préoccupations tout en apportant des recommandations aux problèmes identifiés. La première proposition de l’AGEA est d’organiser les «quatrièmes assises nationales du BTPH dans les meilleurs délais possibles», afin de trouver les meilleures solutions pour la renaissance du secteur à travers des ateliers spécialisés autour des codes du commerce, de l’investissement, des marchés publics et du travail. La pandémie du Covid-19 ayant été à l’origine d’un arrêt de l’activité comme le secteur n’a jamais connu, un appel a été lancé pour la prise en charge des surcoûts liés à la Covid-19 par «l’annulation des charges fiscales et sociales des deux derniers exercices 2019/2020/2021» ainsi que par «la dépénalisation fiscale et parafiscale des entreprises du secteur». L’Association des entrepreneurs préconise plusieurs autres points dont la mise en place d’un mécanisme d’incitation à l’investissement local, d’un plan massif de rénovation de consommation énergétique des bâtiments ainsi que le retour à un taux réduit de TVA à 7% pour l’ensemble des travaux. Elle recommande également la mise en place d’un observatoire national pour la PME/PMI/TPE et d’associer l’université aux associations patronales. <