Il n’est ni ministre ni responsable d’une quelconque institution publique et les oreilles sont donc moins bouchées face à ses paroles. Lui, c’est le Dr Bekkat-Berkani, président du Conseil de l’Ordre national des médecins, dont l’intervention, hier, sur les ondes de la radio Chaîne III était percutante. Loin des discours creux et des fanfaronnades, il a touché plusieurs points sensibles en relation avec la situation sanitaire du pays.
Nombreux sont ceux qui l’ont dit, et au moins pensé, et le Dr Bekkat est venu le confirmer avec ses propres termes. Il s’agit de la dernière campagne de vaccination contre la Covid-19 qui était «auréolée» par le slogan de «Big Day». Lancée en grandes pompes, les résultats sont bien loin des espoirs. La tendance baissière des contaminations n’explique que très peu la non-mobilisation des Algériens. Le président du Conseil de l’Ordre national des médecins pointe du doigt la communication choisie. Selon lui, il aurait été préférable d’impliquer dans cette campagne les footballeurs de la sélection nationale dont l’impact aurait été sans aucun doute prépondérant.
Le Dr Bekkat n’a pas omis d’appeler à une campagne médiatique «sans précédent». Selon lui, cela implique le lancement de débats sur les médias audiovisuels. Même s’il ne l’a pas exprimé ouvertement, cet appel vient confirmer que le paysage médiatique actuel est loin, très loin, des exigences du moment. Il suffit de voir le contenu des nombreuses chaînes de télévision (privées ou publiques) pour constater que la propagande est omniprésente, mais l’information qui peut susciter l’intérêt des citoyens est quasiment inexistante.
S’il y a de nombreux Algériens non convaincus encore par la vaccination, c’est, selon le président du Conseil de l’Ordre national des médecins, essentiellement dû au manque d’informations et à la faiblesse des «forces» de persuasion.
L’occasion de mettre sur le tapis l’importance d’une réelle ouverture du champ médiatique en Algérie, que certains présentent comme un luxe à conjuguer (peut-être) au futur. Et ici, les campagnes de vaccination ne sont pas les seules à devoir inciter à moins de restrictions et plus de liberté. Au même titre que les malades de la Covid-19, la parole a également besoin d’oxygène.