Les cotations hebdomadaires du dinar, publiées, hier, par la Banque d’Algérie, lèvent le voile sur un fléchissement spectaculaire du dinar face à la monnaie unique européenne et au billet vert.

Rien ne parviendra à faire rebondir la valeur de la monnaie nationale tant que les fondamentaux de l’économie ne se redressent pas. Sur le marché officiel des changes, le dinar continue de fléchir pour atteindre des plus bas inégalés face aux principales devises d’échange, l’euro et le dollar en l’occurrence. Les cotations hebdomadaires du dinar, publiées, hier, par la Banque d’Algérie, lèvent en effet le voile sur un fléchissement spectaculaire du dinar face à la monnaie unique européenne et au billet vert. Un euro vaut désormais près de 149 dinars, soit 148,81 dinars sur le marché interbancaire des changes, alors que la valeur du dollar est fixée à 128,16 dinars. Le dinar ne cesse ainsi de se déprécier face à l’euro et au dollar. La faiblesse de la monnaie nationale est nettement plus visible en variation mensuelle, puisque la valeur de l’euro a été fixée par la Banque centrale à 144,892 dinars sur la période allant du 19 au 23 juin, tandis que la valeur du dollar a été fixée à 129,194 dinars. C’est un fléchissement ininterrompu qui a été amorcé depuis le début de l’année, simultanément avec la dégringolade des cours pétroliers mondiaux. Mathématiquement, une appréciation du dinar alors que les fondamentaux de l’économie sont en baisse est très nuisible pour l’économie.
Après les opérations de désinflation menées l’année dernière par la Banque centrale, la conjoncture de faible inflation est propice à la dévaluation qui, elle, sert à amortir l’effet du choc externe sur la santé macroéconomique du pays. Bien évidemment, cette dépréciation a un coût et le pouvoir d’achat des entreprises et des ménages pourraient accuser ce coût, étant donné que les deux agents économiques dépendent fortement des importations qui, elles, devraient se renchérir sous l’effet de la dévaluation. C’est une dévaluation recommandée par les économistes et les institutions financière en cette période de crise, mais qui n’est pas assumée par le gouvernement et la Banque centrale. Celle-ci martelait sans relâche que la cotation du dinar est en phase avec l’évolution de l’euro et du dollar sur le marché international. Le nouveau ministre des Finances, ex-Gouverneur de la Banque d’Algérie, a expliqué récemment, à l’occasion d’une cérémonie dédiée à la présentation de nouveaux billets de banque, qu’il était tout à fait normal que la valeur de la monnaie nationale recule en cette conjoncture exceptionnelle marquée par la crise sanitaire mondiale et la récession économique. Le ministre des Finances a assuré que la réforme fiscale et bancaire et du système douanier contribuera à la consolidation du dinar algérien, relevant que le recul des cours de la monnaie, en cette conjoncture exceptionnelle, a touché l’ensemble des économies dans le monde y compris celles des grandes puissances. Dans une interview accordée à samedi «Echorouk», le ministre des Finances s’est à nouveau exprimé sur la valeur du dinar, expliquant que la solution réside dans la relance économique. «Quand nous parviendrons à renforcer notre économie et la rendre compétitive, la monnaie nationale retrouvera automatiquement sa valeur appréciable», a-t-il estimé, précisant que la véritable valeur d’une monnaie relève de la force économique d’une nation. Plus terre à terre, la dépréciation du dinar est un des outils monétaires de la Banque centrale pour réduire l’impact de la baisse des prix du pétrole sur l’économie. Un dinar surévalué en période de baisse des fondamentaux ne ferait que subventionner les importations au détriment de la production nationale et baisser les recettes de la fiscalité pétrolière libellées en dinar. «La dépréciation du taux de change pourrait apporter une nouvelle bouffée d’oxygène», a clairement indiqué la Banque mondiale dans son rapport de suivi de l’évolution de l’économie algérienne, publié en avril. Son institution jumelle, le Fonds monétaire international (FMI), estime pour sa part qu’une «dépréciation progressive du taux de change, accompagnée de mesures visant à éliminer le marché des changes parallèle, favoriserait les mesures d’ajustement». Ces mesures d’ajustement budgétaire sont plus que jamais d’actualité, alors que la santé macroéconomique du pays va en s’affaiblissant sous le coup d’un baril de pétrole de plus en plus peu rentable. La chute de la valeur du dinar devrait se poursuivre cette année, en l’absence de facteurs plaidant en faveur de son appréciation. La monnaie nationale souffre de la dégradation de la conjoncture financière et des indicateurs macroéconomique du pays. La santé économique et financière du pays étant fortement tributaire de la rentabilité du baril de Brent sur le marché mondial. La dépréciation du taux de change officiel du dinar pour faire face à l’impact de la chute des prix du pétrole sur l’économie a été entamée depuis 2016. La Banque centrale a maintes fois mis en garde contre l’usage excessif de cet outil de la politique monétaire qui, selon elle, ne doit pas être l’unique dispositif d’ajustement budgétaire.