Par Khaled Remouche
Les mesures administratives, les restrictions aux importations n’ont pas empêché la fonte des réserves de change. Elles ont plutôt favorisé l’érosion du pouvoir d’achat de la majorité de la population.
Les gouvernements qui se sont succédé depuis la chute brutale des prix du pétrole ont adopté une série de mesures administratives et de restrictions aux importations afin de réduire le déficit de la balance des paiements et préserver les réserves de change.
Du système de quotas, de l’interdiction d’importation de 1000 produits, de l’institution de la DAIP pour protéger la production nationale, du renouvellement des agréments pour les entreprises de certaines filières à la suppression de la subvention pour les exportations de pâtes, n’ont pas empêché la fonte des réserves en devises qui sont passées de près de 200 milliards de dollars à 42 milliards de dollars actuellement, soit en seulement un peu plus d’un an d’importations.
Toutes limites à la libre importation et à la libre initiative ont eu pour effet négatif d’éroder le pouvoir d’achat de la majorité de la population. Cette érosion du pouvoir d’achat a été accentuée par les glissements successifs du dinar depuis 2014. Prenons deux exemples précis pour montrer l’impact négatif de ces restrictions. Les pâtes ont connu des hausses importantes récemment, tout comme la farine et la semoule, pourtant subventionnées. La rareté du véhicule a fait également que le véhicule d’occasion coûte aujourd’hui plus cher que le neuf basique importé en 2017. L’un des signaux de cette érosion importante du pouvoir d’achat s’avère le revenu minimal de survie pour une famille de cinq personnes qui est passé de 50 000 à 75 000 dinars mensuellement pour l’Association de protection du consommateur, soit un différentiel de 20 000 dinars, ce qui est énorme pour une famille modeste. Si on sait que 6 millions de salariés touchent entre 20 000 dinars et un peu plus de 30 000 dinars par mois, on se rend compte de la paupérisation rampante qui a atteint une bonne partie de la population au cours de cette période. Cette situation de précarité pour une portion importante de la population a été favorisée par le gel des salaires de la Fonction publique suivi par celui des entreprises publiques et privées.
On voit bien que cette période d’austérité a touché de plein fouet les ménages et beaucoup moins les tenants du négoce algérien qui, pour certains, se sont sucrés à la faveur du passage d’un système de restriction à un autre. Il ne faut pas oublier que, faute de renouveler les agréments pour les importateurs de bananes, ce produit référence en matière de prix pour les autres avait atteint la barre des 1 000 dinars le kilogramme. Les amandes, un produit qui reste plus ou moins consommé, se vendait à moins de 1 000 dinars. Il se vend actuellement à 2 000 dinars le kilogramme.
En dépit des avertissements des spécialistes, qui recommandent des mesures de régulation en lieu et place des restrictions, ces gouvernements se sont entêtés à appliquer ces mesures administratives. Ce qui, au lieu d’alléger le fardeau de l’Etat, a exacerbé la crise financière que connaît le pays. A titre d’exemple, il fallait appliquer la loi sur les normes, c’est-à-dire imposer les barrières non tarifaires à l’importation pour empêcher l’introduction de produits non conformes, contrefaits ou des produits couverts par la production nationale. Autre mesure réclamée depuis plusieurs années par les associations de protection des consommateurs, le plafonnement des marges à la vente des produits de large consommation. Ce qui aurait empêché les pratiques spéculatives récurrentes qui font flamber les prix des produits de large consommation et sont en partie à l’origine des hausses des prix des produits de large consommation cycliques tout au long d’une seule année ! Aujourd’hui, avec l’investiture du Président de la République, l’heure est au changement de paradigme. Mais les réflexes d’antan restent tenaces, les mesures administratives et les restrictions aux importations, au détriment du pouvoir d’achat du citoyen, n’ont pas disparu.