Par Bouzid Chalabi
Sécheresse ou faiblesse de la production ? Si les éleveurs ont de solides arguments sur le pourquoi de cette hausse, le citoyen par contre va devoir espacer grandement sa consommation de viande rouge par la faute de son faible pouvoir d’achat. La consommation de viande rouge va-t-elle devenir un luxe ? Cela pourrait être le cas au rythme de la hausse exorbitante des prix pratiqués ces derniers jours. Qu’on en juge. 400 DA d’augmentation sur le kilogramme de la viande bovine et 300 DA sur celle de l’ovin. Du coup, pas de viande rouge à moins de 1 500 DA le kilogramme pour les quartiers secondaires, quant aux entrecôtes et gigots, c’est entre 1 900 et 2 200 DA le kilogramme qu’ils sont proposés. A cette augmentation sur le kilogramme de viande rouge sur les étals des boucheries, pour les éleveurs de bovins et d’ovins, dans leur grande majorité, elle n’a rien d’étonnant. «Elle était d’ailleurs prévisible compte tenu de la conjugaison de deux facteurs. En premier, la sécheresse rendant l’offre du fourrage très en deçà de la demande, du coup, les éleveurs n’ont eu d’autres alternatives que de se rabattre sur les aliments de substitution que sont l’orge et le son, provoquant par voie de conséquence une vive tension sur ces aliments du bétail et, par ricochet, deuxième facteur, enregistrant une envolée fulgurante des prix.» Pour preuve, l’orge a atteint par endroit la somme astronomique de 7 000 DA le quintal. «De quoi décourager plus d’un éleveur, voire même certains d’envisager de changer d’activité», témoigne à Reporters le président de la Fédération nationale des producteurs de viande rouge, Mohamed Tahar Ramram. Et pourtant, il y a lieu de savoir que des aides, au tout début de la tension sur l’aliment de bétail, ont été accordées par le ministère de tutelle aux éleveurs consistant à rendre disponible l’aliment de bétail et selon un barème tarifaire à leur portée. Ce à quoi notre locuteur a lâché tout de go : «Jusqu’ici, nous n’avons rien vu venir dans ce sens sur le terrain malgré nos multiples appels, voire nos cris de détresse, sans omettre de citer notre réunion avec le ministre, qui n’a pas hésité à l’occasion de nous rassurer que la pression sur l’orge allait s’atténuer. Mais c’est le contraire qui s’est produit.»
A propos de l’instruction du Président de la République émise lors du Conseil des ministres de ce dimanche 30 janvier, portant sur le renforcement de la production de la viande en adéquation avec les aides accordées par l’Etat, notre locuteur estime que «l’Etat nous a accordé des aides pour que nous puissions booster notre production, mais quand celles-ci tardent à venir pour une raison ou pour une autre, nous sommes pénalisés dans le sens où ces aides ne doivent souffrir d’aucun retard d’exécution car il s’agit de besoins d’alimentation au quotidien, indispensable à nos cheptels». Poursuivant dans ce même sillage, «face à cette carence, nous nous trouvons contraints de nous approvisionner en aliment au prix fort et pour ne pas travailler à perte ou du moins se contenter d’un faible revenu, l’alternative la plus appropriée réside dans la revue à la hausse des prix de vente sur pied de nos bêtes». Notre locuteur estime enfin que la flambée des prix de la viande rouge, en général, n’est pas près de s’éclipser à moins que «les pouvoirs publics n’usent de solutions d’urgence, comme l’importation avec, en ligne de mire, augmenter l’offre en la matière et par ricochet inverser la tendance à la hausse des prix sur les étals».

Les éleveurs alertent les pouvoirs publics
Du côté de la Fédération nationale des éleveurs d’ovins, c’est pratiquement le même son de cloche. Pis encore, elle a tout dernièrement, à travers un communiqué, alerté les pouvoirs publics sur le risque d’une flambée des prix de la viande rouge, en général, et de l’ovine, en particulier, à l’approche du mois de Ramadan.
«La filière préconise, pour éviter qu’un tel scénario se produise, de trouver des
solutions d’urgence, celle en priorité de mettre en place des mécanismes de subvention sur l’orge et le son et élaborer tout un planning de quotas sur la base de renseignements authentiques et non plus tout au bénéfice de supposés éleveurs, peu scrupuleux, car cherchant à mettre à profit une situation de crise sur les aliments de bétail», a confié le président de la Fédération nationale de éleveurs d’ovins, Azzaoui Djilali .
Notons, enfin, que du côté de la société publique Alviar (Algérienne des viandes rouges), on semble plutôt optimistes quant à une prochaine baisse des prix sur les produits carnets frais car, selon le département commercial de Alviar, l’importation d’un nombre important de taurillons d’engraissement va permettre de réguler le marché de la viande rouge, qui accuse actuellement un recul de l’offre par rapport aux besoins de consommation.
«Un écart qui est à l’origine de la flambée des prix», c’est du moins l’approche de certains intervenants dans le circuit de la commercialisation de la viande rouge. Pour l’heure, la consommation de viande rouge par les gens à bas revenus relève de l’impossible, du moins jusqu’à ce que les prix deviennent plus accessibles pour eux. <