Déficit de marché de proximité, de véritables marchés de gros de produits alimentaires et de viande rouge, multiplication des intermédiaires, démultiplication insuffisante des points vente directe producteurs-consommateurs, absence de plafonnement des marges des produits sensibles, autant de facteurs qui entretiennent les hausses importantes et récurrentes des produits de large consommation.

Par Khaled Remouche
Comme à l’accoutumée, la fièvre des prix s’est emparée des marchés à la veille du Ramadan. Les prix des produits parmi les plus consommés au cours de ce mois ont atteint des seuils intolérables, la pomme de terre à 70-75 dinars, la tomate entre 120 et 140 dinars, la salade entre 130 et 150 dinars, la courgette à plus de 100 dinars. L’escalope de dinde a atteint la barre des 900 dinars, la viande hachée, à 1 200 dinars quelques jours auparavant, est cédée à 1 300-1800 dinars ! Cet échantillon de produits de large consommation montre que les pouvoirs publics n’arrivent toujours pas à maîtriser et à réguler le marché de façon satisfaisante.
Contacté, le président de l’ANCA, Hadj Boulenouar, souligne en ce sens que les marchés de proximité sont source de stabilité des prix. Or, l’Algérie enregistre un déficit de 500 marchés de proximité. Les marchés de gros de fruits et légumes ne sont pas tous bien organisés. Il citera le marché de gros de fruits et légumes de Bougara, où se posent des problèmes de gestion, source de multiplication des intermédiaires et partant de l’écart important entre les prix affichés par les mandataires et les prix du commerce de détail. Le président de l’ANCA déplore également l’absence de véritables marchés de gros pour les produits alimentaires et les viandes. «Le marché de gros de Semmar est collé aux habitations», ironise le premier responsable de l’ANCA. Ce n’est pas normal, a-t-il laissé entendre. Les mesures prises par le gouvernement s’avèrent encore une fois insuffisantes. Le ministre de l’Agriculture a annoncé l’ouverture de 300 points de vente directe de produits agricoles du producteur au consommateur. Une goutte d’eau dans un océan quand on sait que seulement la capitale compte 57 communes dont certaines ont une population très dense comme Bab El oued, Belcourt, El Harrach. Ces points de vente pourraient suffire à Alger seulement. Et le reste des grandes villes. Même topo, l’Office du lait de Birkhadem, qui produit 600 000 litres/jour de lait en sachet et qui assure les besoins d’une grande partie de la capitale, promet une quarantaine de points de vente directe pour Alger. C’est peu. Le ministre du Commerce a pris l’initiative d’ouvrir le Palais des expositions des Pins-Maritimes à la vente directe de divers produits, principalement agricoles, alimentaires et électroménagers. Mais cet espace ne pourra suffire aux besoins de l’agglomération algérienne. Il faudra multiplier ce genre d’initiatives, les systématiser à une grande partie des centres urbains du pays pour pouvoir juguler ces flambées des prix récurrentes. Quant à l’importation de viande congelée et l’approvisionnement du marché en viande fraîche provenant du sud du pays, le gouvernement semble s’être pris en retard. Ce n’est pas en quelques jours, nous semble-t-il, qu’on peut injecter ces quantités sur le marché. Hier, le marché de distribution, caractérisé par maints dysfonctionnements, n’a pas du moins réagi à cette annonce d’offre supplémentaire et à fléchir les prix. Le seul point positif hier a été la stabilité des prix de la viande chez certains détaillants, 340 dinars le kilogramme. Soit quasiment le même prix que les jours précédents. Mais certains détaillants ont cédé le poulet à 390 dinars. Ce qui montre une fois encore que ce ne sont pas uniquement les importateurs et les grossistes qui arrondissent leurs marges. Il faut savoir que le prix de 340 dinars reste élevé. Il avait atteint plusieurs mois auparavant des prix entre 240 et 300 dinars. Il n’a pas atteint aujourd’hui la barre des 400 et 500 dinars en raison de la décision du gouvernement d’exonérer les aliments destinés à l’élevage avicole notamment de TVA face à la flambée des prix de ces aliments sur le marché international. Face à cette flambée des prix, Mustapha Zebdi, président de l’Apoce, a appelé à maintes reprises au plafonnement des marges des détaillants pour les produits de large consommation. Son appel n’a pas été entendu par le gouvernement. Résultat, tous ces dysfonctionnements dans les circuits de distribution sont en train de laminer le pouvoir d’achat de la majorité de la population. C’est le moins qu’on puisse dire. n