La flambée des cours des biens alimentaires de base et la multiplication des appels d’offres pour l’approvisionnement en céréales risquent de faire exploser la facture alimentaire, cette année. Certes, c’est un mal nécessaire qui mettrait le pays à l’abri des tensions et de la fluctuation des cours, mais ces approvisionnements payés au prix fort devraient s’accompagner d’une lutte sans merci contre le gaspillage et la contrebande aux frontières. Fort heureusement, la flambée des cours des biens alimentaires intervient dans un contexte d’une envolée des prix du pétrole, ce qui permettrait au pays d’équilibrer sa balance commerciale.

Par Hakim Ould Mohamed
La flambée des cours des biens alimentaires sur les marchés mondiaux et la multiplication des achats par l’Algérie afin de se prémunir contre la forte volatilité et les tensions sur les produits risquent de faire exploser la facture alimentaire du pays, cette année, et, plus globalement, la valeur des importations. D’autant plus que la facture alimentaire pèse pour près de 20% dans la structure des importations avec, au tableau, une valeur annuelle oscillant entre 8 et 10 milliards de dollars. Les céréales, la poudre de lait et les produits laitiers et les sucres, des biens importés annuellement à coups de milliards de dollars par l’Algérie ont connu d’importantes variations à la hausse sur les marchés mondiaux depuis le début de l’année en cours. Ces augmentations viennent s’ajouter à celles constatées en 2020 et 2021 provoquées essentiellement par le choc pandémique et les dysfonctionnements ayant affecté les chaines mondiales d’approvisionnement. Alors que la crise ukrainienne ne fait que s’aggraver, en l’absence d’une avancée notable dans les négociations, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture a levé le voile, la semaine dernière, sur une progression de 3,9% de son Indices des prix des produits alimentaires sur le seul mois de février 2022, comparé à janvier de la même année. Or, en variation annuelle, les cours des biens alimentaires ont bondi de 20,7% en janvier, comparativement aux prix d’il y a un an. L’Indice FAO poursuit ainsi sa progression entamée début 2020, alors que la crise ukrainienne menace de le porter à des niveaux historiques jamais atteints. Les prix des huiles végétales ont augmenté de 8,5% en février par rapport à janvier et atteint un nouveau niveau record, alors que les cours des produits laitiers ont affiché en février une valeur moyenne en hausse de 6,4% par rapport à janvier. L’Indice FAO des prix des céréales a gagné 3,0% en février, tandis que ceux des sucres ont enregistré un léger recul le mois dernier. Ces augmentations viennent alimenter davantage le cycle haussier des cours amorcé depuis le début de 2020. Les cours des principaux produits alimentaires ont été beaucoup plus élevés tout au long de l’année dernière qu’en 2020. L’indice FAO des prix des produits alimentaires avaient rebondi de 28,1% en 2021 par rapport à l’année précédente. Les prix mondiaux des céréales étaient à leur plus haut niveau depuis 2012, en moyenne 27,2% au-dessus des prix de 2020. Ces hausses devraient se traduire par une augmentation nette de la facture alimentaire de l’Algérie, surtout lorsqu’on sait que les céréales, les produits laitiers et les sucres accaparent près de 60% des dépenses alimentaires du pays, lesquelles représentent à leur tour 20% dans la structure globale des importations. L’Algérie importe annuellement entre 2,5 et 3 milliards de dollars annuellement de céréales, entre 1 et 1,5 milliard de dollars de produits laitiers et 700 à 900 millions de dollars de sucres. Ces valeurs ont fortement progressé depuis le deuxième trimestre de 2020. Avec la crise ukrainienne, la tonne de blé se négocie à près de 500 dollars, fret compris, alors que celle-ci n’excédait pas 250 dollars début 2020. La flambée des cours des biens alimentaires de base et la multiplication des appels d’offres pour l’approvisionnement en céréales risquent de faire exploser la facture alimentaire de l’Algérie cette année. Certes, c’est un mal nécessaire qui mettrait le pays à l’abri des tensions et de la fluctuation des cours, mais ces approvisionnements payés au prix fort devraient s’accompagner d’une lutte sans merci contre le gaspillage et la contrebande aux frontières. Fort heureusement, la flambée des cours des biens alimentaires intervient dans un contexte d’une envolée des prix du pétrole, ce qui permettrait au pays d’équilibrer sa balance commerciale. Autrement, le déficit commercial s’aggraverait et celui de la balance des paiements se creuserait davantage, ce qui ferait perdre à l’Algérie de précieux dollars sur ses réserves de change. Cette situation de hausse des prix des produits de base est un signal pour l’Algérie, pays importateur, qui ne devrait pas occulter l’enjeu d’une hausse de l’offre domestique des biens et services, condition sine qua non d’un équilibre durable de la balance des paiements. <