Les centres et points de vaccination dans les grandes villes comme Alger commencent à recevoir de plus en plus de personnes convaincues de la nécessité de se faire inoculer l’antidote au coronavirus. A l’origine de cet afflux encore modeste par rapport à la situation épidémique, la recrudescence du nombre des cas de contaminations, notamment au variant Delta, et la mise sous pression accrue des services anti-Covid dans de nombreuses régions du pays. Réflexe de courte durée ou mouvement de fond ?

PAR INES DALI
Il y avait foule hier, dès le matin, au niveau des chapiteaux installés sur les places publiques pour la vaccination massive contre le nouveau coronavirus. Dans plusieurs wilayas, les citoyens se sont déplacés en nombre pour recevoir leur première dose de vaccin après une certaine tiédeur. Les appels des autorités sanitaires et des professionnels du secteur ont eu vraisemblablement l’écoute escomptée.
Dans la capitale, que ce soit au niveau du vaccinodrome de la place El Kettani à Bab El Oued ou de celui de la place du 1er-Mai, l’engouement était au rendez-vous, comme au début de la vaccination de masse entamée le 6 juin dernier. Hommes, femmes, jeunes et personnes âgées ont commencé à affluer tôt le matin. A 8h45, il y avait déjà foule et l’afflux se poursuivait de sorte qu’il n’y avait plus de places dans les salles d’attente. Au niveau des chapiteaux du 1er-Mai, installés juste en face du CHU Mustapha-Bacha, nombreux sont les citoyens «retardataires» qui ont dû attendre leur tour dehors ou assis sur les marches de la placette. La même affluence a été constatée au niveau du vaccinodrome de Sidi Abdellah, dans la banlieue ouest d’Alger.
A Oran, au vaccinodrome de l’esplanade Tahtaha à M’dina J’dida, c’est pratiquement les mêmes scènes. Les chapiteaux ont été pris d’assaut. Dès 8h40, le nombre de personnes inscrites pour recevoir la première dose de l’anticoronavirus n’était pas moins de 120, selon les correspondants de presse, qui ont ajouté que ce même nombre représentait le quota de doses alloué à cet espace de vaccination. «Le quota du jour était déjà épuisé dès le matin, ce qui confirme l’engouement des gens pour la vaccination», ont-ils observé, avant de commenter : «Avis, donc, à celles et ceux qui souhaitent se faire vacciner sur cette esplanade : il faut y aller tôt !»
La réticence qui avait caractérisée la campagne de vaccination, notamment à partir de la troisième semaine de juin, a laissé place à la conviction que la vaccination est, pour l’heure, «le seul moyen» de sortir de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, après que les contaminations, les cas nécessitant une oxygénation et les décès aient connu une hausse inquiétante ces derniers jours. La situation qui a commencé à devenir chaque jour un peu plus critique que la veille a fini par insuffler une prise de conscience chez les citoyens. A cela s’ajoutent les cris d’alarme et de détresse de l’ensemble du personnel soignant, avertissant que si la situation se poursuivait, il y aurait une explosion des cas et l’épidémie ne pourrait, alors, qu’être hors de contrôle.
La sensibilisation menée sur tous les fronts a également porté ses fruits. La campagne vaccinale voulue massive depuis le mois dernier connait une adhésion plus importante des citoyens qui ont répondu aux appels incessants à aller se faire vacciner.
Réception de 1,6 million de doses du vaccin chinois Sinovac
Les arrivages réguliers des anticoronavirus confortent cette vaccination massive. Dimanche 11 juillet, l’Algérie a réceptionné 1,6 million de doses du vaccin chinois anti covid-19 Sinovac sur le tarmac de l’aéroport militaire de Boufarik, a annoncé le ministère de la Défense nationale, précisant que les doses en question ont été acheminées par un avion militaire. Le 26 juin dernier, le ministère de la Défense nationale avait effectué la même opération, en acheminant un million de doses du vaccin chinois Sinovac.
D’autres arrivages sont attendus les prochains jours, selon le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid. Il a annoncé que l’Algérie s’apprête à recevoir 1,4 million de doses la semaine prochaine et les approvisionnements en anti-Covid-19 vont se poursuivre pour atteindre, à la fin du mois en cours, une quantité de 4 millions de doses. D’autres quantités sont prévues d’être réceptionnées le mois prochain, a-t-il ajouté, sans préciser le nombre, mais assurant que tous les vaccins acquis par l’Algérie sont efficaces et qu’il ne faut pas accorder foi aux fausses informations échangées sur les réseaux sociaux. «Nous avons enregistré un peu de retard dans la vaccination, c’est évident et c’est dû à des facteurs objectifs, mais nous avons tous les moyens et toute la latitude pour rattraper ce retard maintenant que les vaccins sont disponibles et la machine mise en branle. Il suffit d’y croire, d’y mettre le cœur et faire preuve de bonne volonté», a indiqué le Pr Benbouzid. Appelant à l’accélération de la vaccination, il a affirmé à l’adresse des responsables des établissements hospitaliers et différentes structures qu’ils ont «carte blanche pour s’organiser efficacement en fonction des données objectives qui prévalent dans leurs zones d’intervention».
Si les délais sont respectés, la vaccination de masse pourrait atteindre sa vitesse de croisière, d’autant que l’inoculation de l’antidote s’effectue au niveau des EPSP, dans les vaccinodromes, de même que des équipes médicales mobiles se déplacent dans les zones enclavées. Les facilitations sont offertes aux citoyens et le Pr Lyès Rahal, directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP) et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, a, dans ce contexte, appelé à éviter les «écueils bureaucratiques» qui risquent de les décourager. A noter que des citoyens se posent la question s’il faut faire un test avant de se faire vacciner. La réponse des spécialistes est que cela n’est pas obligatoire et n’est pas demandé. En revanche, les gens qui craignent d’avoir été contaminés ou qui ont des symptômes caractéristiques du Covid au moment de la vaccination sont conseillés de se faire tester avant.

Les instructions aux walis
Par ailleurs, les walis ont été instruits par leur tutelle de mobiliser tous les moyens matériels et humains pour accélérer la cadence de vaccination à travers l’ensemble des wilayas du pays. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du Territoire, Kamal Beldjoud, a insisté sur «la nécessité d’intensifier la vaccination au profit des citoyens au niveau des structures de proximité comme les mosquées, les grands espaces commerciaux et les places publiques, mais aussi sur le lieu de travail, en accompagnant ces efforts par des campagnes de sensibilisation à travers tous les médias et avec la participation de la société civile».
Le but est de «convaincre les citoyens de l’importance de se faire vacciner pour préserver leur santé et rompre la chaîne de transmission du coronavirus», a-t-il indiqué lors d’une réunion avec les walis par visioconférence. Il a, également, souligné l’impératif de «réactiver toutes les mesures de prévention prises auparavant comme le port du masque, la distanciation physique et la généralisation de l’usage des solutions hydroalcooliques», précisant que «les agents publics habilités veilleront au strict respect de ces mesures, des sanctions étant prévues contre les contrevenants».