Le ministre des Finances Ayman Benabderrahmane a annoncé, hier, l’organisation d’assises nationales consacrées à la réforme fiscale. Selon ses explications, cette réforme est dédiée à la fois à réduire la pression fiscale sur les entreprises et à lutter contre les fléaux d’évasion et de fuite fiscales auxquels s’adonnent certains opérateurs qui se sont toujours placés en dehors de la sphère d’imposition.

Il fait allusion bien évidemment aux opérateurs évoluant dans les sphères invisibles de l’économie qui échappent au fisc et qui font perdre au Trésor public d’importantes recettes fiscales. Ces assises nationales sur la réforme fiscale, «une première en Algérie», visent, selon le ministre des Finances, qui intervenait à la Chaîne III de la Radio algérienne, à «briser les verrous» qui ont fait fuir les Algériens du paiement des impôts en raison, notamment, des «pressions» exercées sur une catégorie particulière d’opérateurs au bénéfice d’une «population» qui s’est toujours placée en dehors de la sphère d’imposition. Ayman Benabderrahmane met le doigt là où ça fait mal car, depuis toujours, les investisseurs considéraient la pression fiscale en Algérie, une des plus importantes de la région, comme étant un des freins à l’investissement et au développement économique en Algérie. La réforme fiscale annoncée par le ministre des Finances, et bien avant lui, par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, alors candidat aux élections du 12 décembre 2019, fait partie du grand chantier de l’assainissement des finances publiques. Ce chantier a pour objectifs de mobiliser davantage de recettes hors hydrocarbures en élargissant l’assiette fiscale (en limitant les exonérations et en renforçant le recouvrement de l’impôt, ce qui est également une question d’équité), abaisser progressivement les dépenses courantes en pourcentage du PIB et réduire les coûts de l’investissement tout en améliorant l’efficience. Ayman Benabderrahmane a bien fait de souligner, lors de son passage, hier, qu’il est «anormal» que la fiscalité ordinaire soit majoritairement constituée par une retenue à la source, sous la forme d’un impôt sur le revenu. Le ministre a souligné à la même occasion qu’il s’agit, désormais, d’élargir cette dernière en procédant, notamment, à un recensement «juste» de la population fiscale et à un renforcement des capacités de recouvrement. En novembre 2019, Abdelmadjid Tebboune, alors candidat à la présidentielle du 12 décembre de la même année, avait promis une «grande réforme» du système fiscal pour en faire un moyen d’orientation économique et d’encouragement à la production nationale, à travers la numérisation rapide et totale des services liés aux impôts, des services liés à l’importation et du cadastre et des services des domaine. Le gouvernement Djerrad prévoit, justement, dans son projet de plan d’action pour la mise en œuvre du programme du Président, des allègements fiscaux au service des couches moyennes et défavorisées ainsi qu’au profit de l’investissement, tout en durcissant la lutte contre la fraude fiscale et en renforçant les attributions des institutions de contrôle financier. Les assises annoncées sur la réforme fiscale, prévues aujourd’hui, devraient donner corps au nouveau système fiscal auquel aspire le gouvernement et qui devrait donner la part belle à la baisse de la pression fiscale que subissent les producteurs, mais aussi à la lutte contre l’informel à travers des mécanismes de répression de la fuite et l’évasion fiscales. n