Les mesures décidées par le gouvernement face aux déficits publics sont des mesures à court terme qui ne règlent pas le fond du problème qui reste structurel, estime l’expert financier Mohamed Kessel.

L’année 2020 a été caractérisée par la persistance de la crise de liquidité en dépit des promesses du gouvernement d’endiguer le phénomène au cours de l’été puis en octobre dernier, sans que le problème ne soit définitivement réglé. Contacté à ce sujet, Mohamed Kessel, expert financier proche de la communauté bancaire, affirme que certaines banques publiques subissent toujours des pressions en matière de liquidité. Un autre spécialiste financier a carrément soutenu qu’il n’y a pas d’argent dans les banques. En un mot, les banques publiques rencontrent de sérieux problèmes de liquidité. Le Trésor n’est pas en reste puisqu’il doit couvrir le déficit budgétaire, alors que l’Etat a cessé de recourir à la planche à billets et que les recettes encaissées par le Trésor, principalement tirées des hydrocarbures, sont en chute libre. Côté banques, les dépôts de Sonatrach à la Banque extérieure d’Algérie (BEA) sont également en baisse. Autrement dit, le Trésor et les banques sont en manque de liquidités face aux besoins de financement très lourds, notamment le financement du déficit de la Caisse de retraite, le remboursement du différentiel de prix au profit de Sonatrach et Sonelgaz, ainsi que les besoins de trésorerie de toutes les entreprises impactées par la crise sanitaire. Mohamed Kessel estime que certaines banques privées sont plus à l’aise en matière de liquidité, en raison d’une économie à l’arrêt et une baisse de consommation chez les particuliers en raison de la crise sanitaire. Mais la situation reste fragile, puisqu’il suffit d’accorder de nouveaux crédits pour qu’apparaissent les difficultés chez ces banques privées. Tout cela ne veut pas dire que sur le marché, il n’y a pas de cash. Mais que le cash disponible – qui reste important – ne suffit pas à couvrir tous ces besoins, en l’absence du recours à la planche à billets. La priorité va donc aux pensions de retraite, mais la logistique n’a pas suivi. Les mesures de confinement et la contamination d’agents de la Banque centrale se sont conjuguées pour exacerber la crise de liquidité qui a été enregistrée dans les bureaux de poste de certaines localités de l’intérieur et de grandes villes du pays. Tout cela a été aggravé par un système de paiement anachronique où le cash et le chèque restent prédominants par rapport à solution monétique, la carte de retrait et de paiement. Par manque de confiance et de problèmes rencontrés dans l’utilisation des distributeurs automatiques de billets, les citoyens ont continué à se ruer sur les guichets des bureaux de Poste. En cette fin d’année, les plus vieux d’entre eux continuent à faire une longue queue et à observer une longue attente pour percevoir leur pension.
Face à cette crise de liquidité et ces importants déficits du budget et du Trésor, le gouvernement a décidé de recourir aux réserves de la Banque d’Algérie et au marché des titres du Trésor. Le premier moyen utilisé est la dévaluation du dinar pour augmenter la fiscalité pétrolière par effet de change et ainsi réduire le déficit du budget. Le second est le recours au marché des titres du Trésor. «Ce sont des mesures à court terme qui ne règlent pas le fond du problème qui est structurel», commente Mohamed Kessel. Le second financier estime que recourir aux réserves de la Banque d’Algérie, c’est-à-dire à la contrepartie dinars des réserves de change accrues en monnaie locale du fait de l’effet de change, fragilise la Banque centrale du fait qu’elle est obligée de renouveler cette sortie d’argent vers le Trésor et qu’elle ne peut la renouveler indéfiniment. Ce sera plus difficile quand il s’agira par exemple de faire face à une nouvelle crise. Tout semble s’orienter, en outre, vers la recapitalisation des banques publiques, ajoute Mohamed Kessel. Les mesures moyen terme et qui règlent les difficultés précitées sont, suivant cet expert, le retour à l’orthodoxie financière, en particulier la rationalisation des dépenses publiques, la fin des subventions, la croissance par le marché et non par la dépense publique et la diversification de l’économie. Il s’agit également de mobiliser de nouvelles ressources financières à travers l’ouverture du capital des entreprises publiques, la dynamisation du marché boursier, une alternative au financement bancaire des investissements des entreprises et des incitations pour drainer l’argent de l’informel. Mais tout cela ne peut fonctionner efficacement sans que soit assuré le retour de la confiance.