En ces temps difficiles, la Banque d’Algérie est en train d’agir sur plusieurs fronts : refinancement des banques, taux d’intérêt… Elle renforce en fait les pare-feu pour empêcher les banques de se retrouver à court de liquidités.

Le défi est immense sur tous les fronts. Explication. La banque des banques fait, d’abord, face aux effets d’éviction dans les banques commerciales, un problème provoqué, entre autres, par l’emprunt obligataire lancé par le gouvernement en avril 2016. Comment cela s’est-il passé ? Le gros de l’argent mobilisé dans ce cadre est provenu des opérateurs économiques clients de l’Etat, notamment des entreprises publiques et de compagnies d’assurance. Il s’agit là d’agents économiques qui ont prêté de l’argent bancarisé (des dépôts bancaires) à l’Etat.
En réalité, l’Etat leur a demandé de restituer une partie des revenus des marchés publics obtenus, c’est-à-dire un retour d’ascenseur. Dans cette situation, les banques auront tellement tiré sur les fonds qu’elles risquent de ne pas pouvoir honorer leurs engagements de crédits, faute de liquidités. Certes, les banques n’en sont pas là. Mais l’hypothèse est prise au sérieux par l’institution que dirige Mohamed Loukal. Celle-ci veut parer à toutes les éventualités. Lehbib Goubi Mohamed, directeur général du crédit et de la réglementation à la Banque d’Algérie, dans son intervention, jeudi dernier, à la radio nationale, a évoqué sommairement la question. Il a parlé entre autres de problème de baisse des liquidités bancaires. Et il a avancé que plusieurs mesures ont été prises par la Banque centrale pour contrer cette situation de recul de liquidités qui est passé de 2 800 milliards de dinars en 2012 à 1 037 milliards de dinars en janvier 2017. Entre autres, Goubi a révélé un montant de plus de 430 milliards de dinars qui ont été injectés par la banque des banques dans le circuit bancaire en plus des 150 milliards de dinars souscrits à l’emprunt de la croissance économique et qui seront utilisés pour le refinancement bancaire. «La banque d’Algérie, relève-t-il, a aussi procédé à introduire plus de souplesse dans les finances. Elle l’a fait, soutient-il, bien avant la baisse de taux des réserves obligatoires de 12% à 8% effectué en 2014, un taux qui sera peut-être revu à la baisse afin de laisser plus de liquidité dans les comptes des banques».
Lehbib Goubi a toutefois nuancé les effets produits par l’emprunt obligataire sur les banques, affirmant que les raisons de cette situation «sont dues à la baisse drastique des avoirs nets extérieurs, suivie d’un déficit de la balance de paiement, ce qui a induit à un assèchement progressif des ressources des banques. Néanmoins, ajoute-t-il, cette situation ne touche de plein fouet que deux banques». L’invité de la radio n’a cependant pas expliqué clairement par quel moyen, la Banque centrale va pouvoir aider les banques commerciales à remonter la pente et à retrouver le niveau de liquidité d’avant 2014. Pas plus qu’il n’apporte de réponses qui devraient montrer comment la Banque d’Algérie va s’y prendre en vue de booster le crédit et partant l’économie et de faire, si c’est nécessaire, bien entendu, des avances en comptes courants, c’est-à-dire faire fonctionner la planche à billets pour renflouer la trésorerie des banques.