Par NAZIM BRAHIMI
Une peine de 10 ans de prison ferme a été requise hier par le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed contre Saïd Bouteflika, frère et ancien conseiller du défunt président déchu, et Ali Haddad ancien patron du groupe ETRHB et ex président de l’organisation patronale, le Forum des chefs d’entreprise (FCE).
Les deux accusés, qui sont tenus également de s’acquitter d’une amende de 3 millions de dinars, sont inéligibles à toute élection pendant 3 ans. Le procureur a requis aussi la saisie de tout leur bien immobilier et le gel de tous leurs comptes bancaires en vertu des ordonnances de saisie du juge d’instruction.
Les accusés, déjà incarcérés pour d’autres affaires traitées, ont été poursuivis dans cette affaire pour «financement illicite» de la campagne électorale du 5e mandat avorté, «blanchiment d’argent» et «dissipation de produits de corruption».
Les griefs retenus contre eux sont liés à l’acquisition de la chaîne de télévision Al Istimrariya (Continuité) et sa mise au service du 5e mandat qui était en projet avant le déclenchement du Hirak.
L’enquête judiciaire a établi un travail de coordination entre Saïd Bouteflika et Ali Haddad, qui détenait au moment des faits le groupe médiatique Le Temps d’Algérie, comprenant des journaux mais aussi Dzaïr TV, dont une partie des équipements a été affectée à la nouvelle chaîne Al Istimrariya, conçue et lancée pour faire la promotion de la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat.
A ce titre, Ali Haddad a indiqué lors de son audition par le juge avoir été sollicité par Saïd Bouteflika, via un appel téléphonique, pour mettre une partie des équipements de Dzaïr TV, appartenant au groupe médiatique Le Temps d’Algérie, à la disposition d’Al Istimrariya, qui allait être la voix médiatique du candidat Bouteflika.
Hier au tribunal algérois, Ali Haddad a exprimé son «dépit» en signifiant au juge qui l’interrogé sur des faits en lien avec l’affaire «avoir répondu à ces interrogations quatre fois», faisant part de l’existence de toutes ses réponses au niveau du juge, rédigées dans 2000 pages, selon l’ex chef de l’ETRHB.
«Je suis usé M. le juge. Je n’ai aucune déclaration à ajouter. Toutes mes déclarations sont devant vos yeux», a-t-il souligné, invitant son destinataire «à faire quelque chose» pour lui.
De son côté, Saïd Bouteflika a nié toutes les accusations en lien avec le projet de lancement de la chaîne de télévision Al Istimrarya, soulignant que les équipements «ont été achetés par Ali Haddad dans le respect des procédures».
«Qu’en est-il de votre enrichissement illicite ?», lui lance le juge. «J’ai la conscience tranquille. Je suis innocent de ce genre d’accusations. Si vous avez des preuves, étalez-les», lui répondit l’ancien conseiller du défunt président.
Saïd Bouteflika a rejeté toute acquisition «illicite», déclarant au juge que son compte bancaire (10 millions DA et 36 000 euros) a été alimenté par ses 11 années de travail en tant qu’enseignant à l’université de Bab Ezzouar et comme conseiller à la Présidence de la République où il a révélé toucher une mensualité de 300 000 DA. A noter que le juge instructeur avait entendu l’ancien ministre Amara Benyounès, président du Mouvement populaire d’Algérie (MPA) et proche du cercle présidentiel, mais qui a nié «tout lien avec le financement de la campagne électorale et avec la chaîne Al Istimrariya», déclarant que sa mission se résumait à la préparation et l’animation de meetings et autres rencontres de proximité et de sensibilisation en Kabylie pour la candidature de Abdelaziz Bouteflika. Parmi les témoins convoqués à l’audience, figure l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en sa qualité de directeur de la campagne électorale du candidat Abdelaziz Bouteflika. Sellal a été interrogé notamment à propos de la chaîne de télévision «al-Istimraria». <