Ahmed Ouyahia a plaidé, dimanche, la cause de son gouvernement qui s’était investi à rééquilibrer les finances publiques, quitte à appuyer davantage sur le champignon de la planche à billets.

Cependant, les chiffres qu’il avait avancés quant à la valeur des tirages effectués contrastent

quelque peu avec les situations mensuelles de la Banque d’Algérie, publiées au Journal Officiel. « En 2017, nous avons tiré 570 milliards de dinars pour le budget et le règlement de certaines dépenses. Nous avons aussi soldé 452 milliards de dinars que Sonatrach devait au Trésor », a relevé Ahmed Ouyahia, lors d’une conférence de presse tenue dimanche, ajoutant que « le Trésor public avait sauvé la Banque nationale d’Algérie (BNA) en rachetant en cash 545 milliards de dinars qu’elle avait repris en bons de Trésors sur une période de 30 ans ». Toujours en matière de financement non conventionnel, le Premier ministre a fait savoir que 154 milliards de dinars ont été dégagés pour les projets AADL, alors que pour l’année 2018, quelque 900 milliards de dinars sont dégagés pour le financement du déficit qui était de 1.800 milliards de dinars. A cela s’ajoutent, a-t-il poursuivi, « les 500 milliards de dinars consacrés au financement de la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) afin de renflouer les caisses de la Caisse nationale des retraités (CNR), autrement les retraités n’auraient pas perçu leurs pensions ». Les chiffres du Premier ministre soulèvent la question de leur conformité avec les situations communiquées par la Banque centrale. En effet, la plus haute institution monétaire a fait savoir par le canal du Journal Officiel que la valeur des tirages effectués depuis l’amendement de la loi sur la monnaie et le crédit, validé par le Parlement, au 31 décembre 2017, a été estimée à 2185 milliards de dinars, alors qu’une addition des sommes présentées par le Premier ministre permet de faire ressortir un total de 2221 milliards de dollars.
Exception faite bien évidemment des 900 milliards de dollars décaissés afin de couvrir une partie du déficit qui, selon Ahmed Ouyahia, était de 1800 milliards de dinars.
Le complément de ressources (900 milliards de dinars) injecté dans le financement d’une partie du déficit fait ressortir un solde global de 3121 milliards de dinars. La feuille comptable de la Banque centrale évalue les tirages de monnaie effectués jusqu’à fin mars 2018 à 3585 milliards de dinars. Le gouvernement semble avoir perdu quelques feuilles comptables sur lesquelles la concordance des statistiques du Premier ministre avec les situations de la Banque d’Algérie.
L’on n’est pas très loin du compte, puisque les variations à fin décembre 2017 font ressortir un trou comptable de 63 milliards, alors que les comptes à fin mars de l’actuel exercice souffrent d’un différentiel de 464 milliards de dinars. Cependant, le contraste des situations de la Banque centrale avec les prévisions initialement établies par le ministre des Finances est plutôt saisissant. En effet, en octobre dernier, Abderrahmane Raouya avait estimé les besoins de financement à 570 milliards de dinars pour 2017, à 1815 milliards de dinars pour l’ensemble de l’actuel exercice (près de 15 milliards de dollars) et à 580 milliards de dinars pour 2019. Ahmed Ouyahia, qui faisait, dimanche, le bilan du dispositif de financement dit non conventionnel, ne s’est pas écarté de ses précédentes positions. Dans l’usage de la planche à billets, il y trouve des opportunités pour l’économie algérienne. Fidèle à ses premiers alibis par lesquels il a plaidé en faveur de la planche à billets, Ahmed Ouyahia a rappelé qu’en septembre 2017, « l’Etat était dans une situation qui n’allait pas lui permettre de payer les fonctionnaires », précisant qu’à la même période de l’année, le Trésor public disposait de 50 milliards de dinars, alors qu’il lui fallait 150 milliards de dinars au moins.
« Cette situation aurait pu nous amener à un arrêt total de l’économie nationale dans la mesure où c’était la sécheresse au niveau des banques. Aujourd’hui, la situation a pu être redressée certes, mais il reste encore un long chemin à parcourir d’autant plus que nous sommes engagés à atteindre un équilibre du budget en 2022 », a-t-il ajouté. Le Premier ministre fait savoir indirectement que son gouvernement irait jusqu’au bout dans ses projets budgétaires, alors que les économistes et les institutions multilatérales appellent à lever le pied sur le financement monétaire. Les besoins de financement exprimés dans le projet de loi de finances complémentaire 2018 et le poids de la dette interne, culminant à plus de 3000 milliards de dinars, risquent de faire grimper davantage les tirages par le moyen de la planche à billets. Ce qui fait craindre à certains le retour des tensions inflationnistes. <