Par la voix du Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, qui répondait, samedi, aux questions des parlementaires de la chambre basse, le gouvernement a expliqué, à nouveau, sa feuille de route en matière de financement du déficit budgétaire prévu pour 2022.

Par Hakim Ould Mohamed
Dans sa boîte à outils figurent deux options, à savoir le recours aux avoirs du Fonds de régulation des recettes (FRR) et la mobilisation de l’ensemble des moyens de financement interne, à savoir les banques, le marché financier à travers, probablement, le lancement de nouveaux emprunts obligataires et l’ouverture du capital de certaines entreprises et banques publiques. C’est ce qu’on peut retenir, en tout cas, de l’intervention, samedi, du Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, lors d’une plénière à l’APN, consacrée à ses réponses aux députés. Avec un baril de Brent qui caracole à plus de 80 dollars le baril, alors que le prix fixé dans le projet de loi de finances 2022 est de 45 dollars le baril, le gouvernement peut espérer une plus-value appréciable qui sera versée dans le FRR, laquelle contribuera à coup sûr, comme ce fut le cas les années précédant la planche à billets, à financer le déficit budgétaire de l’année prochaine. Les différentes notes de conjoncture de la Banque centrale d’avant-2017 montraient un recours quasi-permanent aux avoirs du Fonds de régulation des recettes pour combler les «trous» du budget.
Les ressources du FRR culminaient à près de 5 000 milliards de dinars, en 2014, avant que les importants déficits des années 2014, 2015 et 2016 n’aient eu raison de cette caisse. Le FRR a été mis en veilleuse, en février 2017, faute de ressources. Maintenant que les cours pétroliers mondiaux retrouvent leur tendance haussière, le gouvernement compte en profiter en mobilisant le surplus de recettes en dinars versé dans le Fonds de régulation des recettes pour financer le déficit de 2022.
Ce n’est donc aucunement une nouvelle recette, mais un moyen de financement déjà expérimenté par le passé. Outre le FRR, l’Exécutif entend mobiliser également d’autres ressources, bancaires, entre autres, puisque, apparemment, les banques viennent de renouer avec un niveau de liquidité appréciable grâce à la hausse des dépôts du secteur bancaire. C’est ce que montrent les dernières situations mensuelles de la Banque centrale.
En effet, avant même que le prix du Brent n’atteigne les 80 dollars le baril, les dépôts du secteur des hydrocarbures amorçaient une tendance haussière, renforcée par la flambée des cours de ces derniers mois, permettant au secteur bancaire de respirer à la sortie d’une crise de sous-liquidité amorcée depuis fin 2019. En plus du financement bancaire, le gouvernement a fait montre à maintes reprises de sa volonté de lancer de nouveaux emprunts obligataires, dont des Sukuks, la finalité étant de canaliser les capitaux dormants vers les banques. Le marché financier pourrait être d’un apport si les promesses d’ouverture du capital de certaines banques et entreprises publiques venaient à se concrétiser. L’idée remonte à la mi-2020, lorsque l’ancien ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, plaidait en faveur d’une privatisation partielle de certains groupes publics du secteur marchand de l’Etat. Aïmene Benabderrahmane, alors ministre des Finances, défendait quant à lui l’utilité d’ouvrir le capital de deux banques publiques. Depuis, le projet n’a pas évolué d’un iota, même si le gouvernement Benabderrahmane a repris à son compte la question de l’ouverture du capital des entreprises et de deux banques publiques, en l’inscrivant au crayon-feutre dans son programme d’action. Pour ainsi dire, même si le recours aux avoirs du FRR et aux outils de financement intérieur est une approche plutôt bonne par rapport aux financements au moyen de la planche à billets, porteuse d’importants risques, le monde n’est pas à l’abri d’une rechute des cours du pétrole. L’approche de l’Exécutif en matière de financement du déficit repose particulièrement sur les recettes supplémentaires générées par la flambée des cours pétroliers mondiaux. <