Bien qu’ils aient remonté quelque peu la pente, grappillant 4%, dimanche et lundi, par rapport
à leur chute de 10% de vendredi, les cours pétroliers mondiaux demeurent sous pression, sur fond d’inquiétude, quant à la menace que fait peser le variant Omicron sur la reprise de l’économie mondiale.

Par Hakim Ould Mohamed
Bien qu’ils aient remonté quelque peu la pente, grappillant 4%, dimanche et lundi, par rapport à leur chute de 10% de vendredi, les cours pétroliers mondiaux demeurent sous pression, sur fond d’inquiétude, quant à la menace que fait peser le variant Omicron sur la reprise de l’économie mondiale.
Toujours convalescente, l’économie mondiale fait face à la menace du nouveau variant de la Covid-19 et fait douter les spécialistes quant à la trajectoire de la consommation mondiale de pétrole.
Ce nouveau mouvement baissier que connaissent les prix du pétrole depuis la fin de la semaine dernière est directement lié à la découverte, en Afrique du Sud, d’un nouveau variant du coronavirus. Plusieurs pays européens et les Etats-Unis, réputés grands consommateurs de pétrole, ont d’ores et déjà suspendu leurs liaisons aériennes avec l’Afrique australe pour tenter d’endiguer ou de ralentir la progression de l’Omicron. C’est un coup dur pour l’aviation mondiale, un des secteurs consommateurs de pétrole, qui vient à peine de sortir la tête de l’eau après les conséquences désastreuses des confinements de 2020 et une partie de 2021. Omicron pointe son nez à l’horizon du marché pétrolier à l’heure où l’Opep s’est remise à pomper davantage, soit 400 000 barils supplémentaires par mois et les grands consommateurs de brut à puiser dans leurs réserves stratégiques. Une guerre des prix a été ainsi ouverte par les grands consommateurs du brut et l’Opep+ qui s’opposait mordicus aux appels en faveur de la hausse de l’offre, prétextant l’absence de signaux d’une reprise vigoureuse de la croissance mondiale. Tous les facteurs favorisant une rechute des prix du pétrole étaient ainsi présents, mettant à rude épreuve les calculs de recettes et de déficits des pays exportateurs de pétrole qui venaient à peine de boucler les discussions budgétaires au terme du prochain exercice.
L’Algérie parie d’ailleurs sur la reprise des cours du pétrole pour le financement de son déficit de 2022, dû à une forte hausse des dépenses post-Covid. Lors d’une plénière consacrée aux préoccupations des députés sur le Projet de loi de finances (PLF 2022), le premier ministre Aïmene Benabderrahmane a expliqué que le financement du déficit budgétaire de l’exercice 2022 s’effectuerait par le recours au marché financier intérieur, aux banques et à des prélèvements sur le Fonds de régulation des recettes (FRR).
C’est un secret de Polichinelle que de dire qu’une partie de la liquidité bancaire dépend, soit de la monétisation de la rente, soit de la planche à billets. C’est-à-dire que la situation du secteur bancaire dépend en partie du niveau des dépôts du secteur des hydrocarbures, alors que les avoirs du Fonds de régulation des recettes sont intimement liés aussi à la bonne rentabilité du baril de Brent. Ainsi, la rechute des cours pétroliers mondiaux pourrait remettre en cause la viabilité des calculs du gouvernement en matière de financement du déficit, étant donné que celui-ci repose essentiellement sur les prévisions d’une amélioration des recettes du secteur des hydrocarbures. Pour le moment, la baisse n’est pas de nature à remettre en cause les prévisions de l’Exécutif -bien que le niveau actuel des prix soit loin de pouvoir résoudre l’équation du financement du déficit- mais si elle venait à s’inscrire dans la durée, dans le sillage des politiques de lutte contre la diffusion de l’Omicron, elle pourrait réellement lézarder la réponse du gouvernement à la hausse du déficit budgétaire.
Pour les trois prestigieuses banques américaines, Bank Of America, Goldman Sachs et JP Morgan, cette rechute des prix serait de courte durée et les prix du pétrole devraient repartir à la hausse dès 2022. De quoi rassurer les pays exportateurs de pétrole, dont les économies dépendent fortement des recettes des hydrocarbures.
Quoi qu’il en soit, l’éternel pari sur une remontée éphémère des cours du brut pour rééquilibrer les comptes publics n’est plus viable compte tenu de la conjoncture actuelle, où les incertitudes continuent de miner le marché pétrolier.