Le financement du déficit budgétaire de l’actuel exercice se pose à nouveau, sur fond de baisse des liquidités bancaires et des ressources non-bancaires après la suspension des tirages de la planche à billets. D’autant plus que le déficit budgétaire prévisionnel de 2021 vient d’être revu à la hausse à la faveur de nouvelles allocations attribuées à certains secteurs et organismes publics au titre de l’avant-projet de loi de finances complémentaire 2021, en attente de son examen en Conseil des ministres après son passage en réunion du gouvernement.

Par Hakim Ould Mohamed
Les rallonges budgétaires prévues dans l’avant-projet de LFC 2021 sont estimées à près de 530,0 milliards de dinars, à raison de de 343,75 milliards de dinars, ajustée à 350 milliards de dinars pour le budget de fonctionnement et de de 179,7 milliards de dinars pour le budget d’équipement. Ces rallonges budgétaires font grimper le déficit budgétaire de l’année en cours à -3310,8 milliards de dinars, contre un déficit initial de -2784,8 milliards de dinars prévu dans la loi de Finances pour 2021, représentant, respectivement, -16,0% et -13,6% du PIB. Comment le gouvernement envisage-t-il la couverture de ce déficit, à l’heure où la liquidité bancaire est en nette baisse et que les parechocs financiers sont quasi-absents. Le déficit était financé jusqu’à 2017 à travers le recours aux avoirs du Fonds de régulations des recettes pétrolières (FRR). Après 2017, les précédents gouvernements ont fait appel à la planche à billets qui, tout en maintenant la dette interne à des niveaux soutenables, a fait augmenter le déficit du trésor. En effet, l’avant-projet de loi de finances complémentaire 2021 table sur un déficit du Trésor de -4140,4 Mrds DA, contre -3614,4 Mrds DA prévu dans la Loi de finances initiale (LFI) pour 2021, représentant, respectivement, -20,0% et -17,6% du PIB, soit une aggravation du déficit du Trésor de 526,0 Mrds DA par rapport à la LFI 2021. La couverture du déficit budgétaire de l’actuel exercice pourrait se faire à travers deux canaux, à savoir les ressources bancaires et les ressources non-bancaires, comme ce fut le cas en 2020. Le financement du déficit budgétaire enregistré à fin septembre 2020 s’était fait, en effet, à travers la mobilisation de ressources non-bancaires à hauteur de 43,2%, des ressources bancaires à hauteurs de 39,7% et les prélèvements du fonds de régulation (FRR) à hauteurs de 17,4%, soit l’équivalent de 305,5 milliards de dinars. Pour cette année, le recours au financement non conventionnel serait à nouveau inévitable, selon certains économistes, prétextant la faiblesse de la liquidité bancaire en mesure de contribuer à la couverture du déficit. Mais pas seulement. Le recours à la monétisation des déficits est de nature à garder la dette interne à des niveaux gérables. D’autant plus que celle-ci devrait s’établir à 9335,6 milliards de dinars à fin décembre 2020, marquant ainsi une augmentation de 1,6% par rapport à la même période de 2019, lit-on dans l’avant-projet de loi de finances complémentaire 2021. La dette interne s’est établie en 2019 à 9186,6 milliards de dinars. En revanche, la dette publique externe reste marginale, passant de 1,121 milliards de dollars à fin décembre 2019 à 1,202 milliards de dollars à fin décembre 2020, soit une augmentation de 7,25%. Cette dernière demeure, toutefois soutenable, mentionne-t-on dans l’avant-projet de loi de finances complémentaire de l’actuel exercice. La dette publique interne a considérablement augmenté depuis 2016 et représente une part non négligeable des créances détenues par les banques sur les entreprises publiques. Le hausse de l’encours global de la dette publique interne fait craindre la concrétisation des risques budgétaires et rend difficile la reprise des opérations d’assainissement des finances publiques sans le recours à la planche à billets. En tout cas, la question du financement du déficit budgétaire se pose avec acuité, alors que les ressources s’amenuisent et la dette du trésor et, plus globalement, la dette interne publique ne font que grimper davantage.