Les gestionnaires d’El Hadjar, ex-fleuron de l’industrie lourde algérienne, vont devoir chercher des financements ailleurs que dans les caisses de l’Etat pour poursuivre l’activité du complexe sidérurgique. Les aides publiques importantes qui lui ont été mobilisées par le passé sans bilan de performance ont atteint leurs limites.

Par Hakim Ould Mohamed
Peu avant la présentation du plan d’action du gouvernement aux membres de la chambre basse du Parlement, prévue lundi prochain, le ministre de l’Industrie Ahmed Zaghdar a entamé, hier, une série de visites aux entreprises publiques, lesquelles sont en attente d’une réforme globale, dont les grands axes figurent dans ledit plan d’action.
Lors d’une escale effectuée au groupe El Hadjar d’Annaba, empêtré dans une situation financière vieille de plusieurs années déjà, le ministre de l’Industrie a appelé à faire table rase de certaines mentalités ayant prévalu jusqu’ici, en encourageant les initiatives qui donneraient une forte impulsion au rythme de production en prévision de la reprise post-pandémie. Dans un discours prononcé dans l’enceinte industrielle d’El Hadjar, Ahmed Zaghdar a affirmé s’attendre à une reprise de la demande aux produits industriels, en particulier le fer et l’acier, après la reprise de l’économie mondiale et nationale. Bien évidemment, le ministre ne pouvait pas passer outre les problèmes et les difficultés auxquels est confronté le complexe sidérurgique en dépit de toutes les injections de liquidités opérées par le passé par l’Etat propriétaire. A ce sujet, il a exprimé son mécontentement quant aux résultats enregistrés par le complexe rapportés à la valeur des aides financières importantes qu’il a reçues depuis sa création de la part des pouvoirs publics. «Le complexe n’a pas été à la hauteur des aspirations, car il n’a pas su valoriser sa position sur le marché national, a fortiori sur le marché régional et à l’étranger. C’est sans doute dû à des facteurs liés au marché et à la concurrence, mais aussi et surtout à des facteurs internes à l’entreprise, se rapportant essentiellement au mode de gouvernance et à la stratégie de développement», estime le ministre de l’Industrie. Dans la foulée, le ministre a souligné qu’il n’était plus possible de s’appuyer sur les ressources financières fournies par l’Etat pour aider le complexe à se projeter, compte tenu des conditions actuelles du pays, plaidant en faveur de la nécessité de réduire les coûts de production en s’appuyant sur l’ingénierie financière afin d’améliorer la compétitivité ainsi que sur des intrants et des matériaux locaux pour réduire leur importation. Ahmed Zaghdar a, également, souligné la nécessité de développer des partenariats avec les succursales et unités de divers complexes et holdings industriels publics.
Quant à la situation interne du complexe sidérurgique, liée à l’aspect social et à l’instabilité chronique qui l’anime depuis maintenant plusieurs années, Ahmed Zaghdar a plaidé en faveur du dialogue avec les différents partenaires, laquelle concertation doit avoir pour seul objectif, d’après lui, celui de relever les défis du complexe et d’instaurer un climat propice au développement des activités de production. Les propos du ministre sonnent comme une volonté de projeter le complexe sur la nouvelle perspective à laquelle aspire le gouvernement, clairement explicitée dans son plan d’action, en attente d’être examiné par le Parlement. La nouvelle approche du gouvernement Benabderrahmane en matière de gestion du secteur public marchand repose sur deux piliers essentiels, à savoir l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques et leur mise à niveau et développement. Entre autres actions prévues dans son plan de relance, l’Exécutif compte ainsi «auditer et évaluer les capitaux du secteur public marchand, notamment le management des groupes/holdings industriels et les entreprises publiques économiques», «engager une restructuration du secteur public marchand à la lumière des audits engagés et ouverture du capital des entreprises» et «réviser et mettre à jour le cadre juridique régissant les participations de l’Etat, de l’entreprise publique et du partenariat pour l’adapter aux nouvelles exigences que commande la politique de renouveau économique».
En matière de mise à niveau et de développement des entreprises, le gouvernement dit vouloir relancer les activités des EPE et/ou les unités à l’arrêt et développer une démarche de valorisation de leurs actifs inexploités par un partenariat intergroupes/interholdings ou public-privé national ou étranger. Son action en la matière porte également sur l’examen des mesures financières pour la relance de l’activité de certaines entreprises exportatrices. n