Le ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, a donné jeudi un avant-goût de ce que sera la prochaine politique de l’Etat à l’adresse de ses entreprises. Après que le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, a planté le décor, lors de son récent passage à l’Assemblée, à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances 2021, laissant entendre que des banques et des entreprises publiques allaient s’introduire en Bourse en 2021, c’est au tour de Ferhat Aït Ali d’esquisser un peu plus clairement la future politique du gouvernement vis-à-vis du secteur public économique.

Jeudi, s’exprimant en marge d’une réunion de travail avec les opérateurs publics et privés de la filière industrielle de l’électronique et de l’électroménager, le ministre de l’Industrie a indiqué que l’ouverture du capital à travers la Bourse d’Alger concerne uniquement les entreprises publiques nécessitant une recapitalisation cyclique. C’est une opération qui s’inscrit, selon lui, dans le cadre de l’audit global du secteur industriel public en cours. Plus explicite, Ferhat Aït Ali précise qu’« il s’agit d’abord de faire une étude globale du secteur public pour désigner ce qui est privatisable et pour fixer les conditions d’accès aux capitaux ». Estimant, sur sa lancée, que la meilleure option d’ouverture du capital serait à travers la Bourse pour permettre aux épargnants algériens de refinancer le tissu industriel national, réduisant ainsi le recours au Trésor public. Selon le ministre, les entreprises publiques bénéficiaires ne nécessitant pas un refinancement ne seront pas concernées par l’ouverture de leur capital. L’approche proposée par le ministre de l’Industrie vient confirmer cette quête de l’Etat d’une solution de long terme à ses entreprises en mal de financements aux fins de les affranchir du soutien permanent du Trésor. L’idée avait émergé en début d’année, lorsque Ferhat Aït Ali, lors d’un Conseil des ministres, avait laissé entendre que son département envisageait de mettre en place une nouvelle stratégie industrielle, reposant, entre autres, sur l’impératif de libérer les entreprises du secteur économique marchand du soutien financier chronique que leur assure le Trésor public. En effet, lors d’un Conseil de ministres, le 19 avril dernier, le ministre de l’Industrie, qui présentait un exposé sur la situation du secteur et une étude détaillée sur les divers systèmes juridiques et réglementaires régissant l’investissement et la gestion du secteur public commercial, avait relevé les vides et lacunes existant, essentiellement l’absence d’une stratégie industrielle nationale. Ainsi, et partant de la réforme des structures de gouvernance et de gestion directe de l’économie productive, le ministère a mis en évidence la nécessité d’une nouvelle stratégie industrielle reposant, entre autres, sur la révision du cadre législatif relatif à la promotion de l’investissement ainsi que sur l’impératif de réorganiser le secteur économique public relevant du ministère de l’Industrie en vue de sa relance et sa séparation complètement du Trésor public en tant que principal pourvoyeur. Acculé par l’amenuisement des ressources financières, le gouvernement revient, quelques mois plus tard, avec l’option d’une privatisation partielle via la Bourse des entreprises en difficulté, présentée comme étant une alternative aux financements de l’Etat propriétaire. Cette option avait fait ses preuves début des années 2000 avec l’introduction en Bourse de Saidal et de l’établissement hôtelier public El Aurassi. La même carte devait être jouée en faveur de huit entreprises publiques en 2015, mais le processus n’a pas été entamé et l’option était aussitôt abandonnée pour des raisons inexpliquées. Cependant, les économistes ne sont pas unanimes à dire leur conviction que cette privatisation partielle est une solution de longue durée au casse-tête permanent des financements publics. Encore moins leur optimisme quant à la capacité des entreprises déstructurées à capter l’épargne des investisseurs et des épargnants.