Que faire pour les entreprises publiques à bout de souffle à l’exemple de l’ENIEM et des nombreux groupements industriels étatiques en situation d’extrême difficulté économique et financière ? La solution est dans le soutien conditionné, a répondu tout récemment l’argentier du pays. Dimanche dernier, Aymen Benabderrahmane a, en effet, déclaré que leur accompagnement sera conditionné par la mise en place d’un cahier des charges définissant les conditions d’accès à l’aide publique dont celle de l’impérative modernisation mode de gestion…

La problématique du financement des entreprises publiques revient ces derniers jours comme une prière, en raison de la situation difficile dans laquelle pédalent certaines
unités, alors que le concours financier de l’Etat s’affaiblit, faute de ressources suffisantes. Le cas ENIEM n’est que l’arbre qui cache la forêt, puisque de nombreuses d’entreprises publiques font face à d’importants problèmes de trésorerie.
Mais ENIEM a eu le mérite de remettre au centre des controverses la problématique du financement jusqu’ici inconditionné de l’Etat propriétaire. Plusieurs entreprises se sont avérées de pures croqueuses de diamants, tant il est vrai que les capitaux injectés par l’Etat n’étaient suivis d’aucun retour sur investissement. Cette situation a fait sortir le gouvernement de son silence, plaidant désormais pour un soutien financier conditionné. Le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, avait déclaré dimanche à Alger que l’accompagnement financier de l’Etat aux entreprises publiques sera conditionné par la modernisation de leur mode de gestion et qu’un cahier de charges définissant les conditions d’accès de ces entreprises au soutien financier étatique sera bientôt mis en place. Le ministre a admis que les opérations d’assainissement effectuées par le passé n’ont pas porté leurs fruits. Preuve en est que les entreprises publiques demeurent déficitaires d’où l’impératif, pour lui, de changer les anciennes méthodes de soutien aux entreprises. Le ministre des Finances a indiqué que le depuis 2004, l’Etat a soutenu les entreprises publiques pour un montant dépassant les 1500 milliards de dinars destinés à l’assainissement de ses entreprises. Un chiffre effarant qui témoigne des pertes subies par l’Etat propriétaire dans ses opérations de soutien financier permanent à ses entreprises. Bien avant lui, le ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali, a indiqué qu’un audit global du secteur industriel public est en cours et devant déboucher sur de nouvelles décisions sur la recapitalisation des entreprises en difficulté financière. Il s’agit, selon le ministre, de faire une étude globale du secteur public pour désigner ce qui est privatisable et pour fixer les conditions d’accès aux capitaux, estimant que la meilleure option d’ouverture de capital serait à travers la Bourse pour permettre aux épargnants algériens de refinancer le tissu industriel national réduisant ainsi le recours au Trésor public. Pour le Think tank Care, ce mode de gouvernance des entreprises publiques, dont chacun reconnait aujourd’hui qu’il ne fait que reproduire la même logique de l’échec, soulève de multiples interrogations, étant donné que le cas ENIEM est révélateur de toutes les difficultés que connait le secteur public économique. «La problématique des déficits cumulés des entreprises publiques qui pèsent sur les banques publiques et sur les comptes du Trésor est posée depuis de nombreuses années. La crise liée à la pandémie actuelle du coronavirus, qui a affecté des secteurs d’activité entiers à l’exemple des transports aériens ou maritimes, du tourisme, ou de certains segments de l’industrie, a sans doute contribué à aggraver une situation déjà dégradée», écrit CARE dans une analyse postée hier. Cette association fait remarquer que la voie de la faillite a toujours été soigneusement évitée, ce qui fait que les plans de sauvegarde, qui prenaient différentes formes ; rachat ou effacement ou consolidation de dettes ; recapitalisations ; restructurations financières ; dissolution et reprises par d’autres entités publiques, se sont inscrits dans la durée sans qu’aucune réponse efficace et structurelle ne soit administrée. CARE estime que le cas de l’ENIEM est, en réalité, loin d’être isolé. «Il est symptomatique en l’occurrence, d’une situation beaucoup plus répandue qu’il n’y parait et qui porte en elle la marque de nombreuses défaillances du système de gouvernance qui régit depuis de longues années les entreprises publiques algériennes», lit-on dans l’analyse proposée par CARE. Le Cercle de réflexion autour de l’entreprise suggère qu’il est primordial désormais de protéger les intérêts de l’économie nationale plutôt que ceux de l’Etat actionnaire. <