On sait désormais un peu plus sur les recettes que le gouvernement entend privilégier pour le financement du déficit budgétaire prévu pour le prochain exercice qui devra augmenter à 13,75% du PIB en 2021, contre une prévision de 10,4% du PIB cette année. Ainsi, le déficit budgétaire passera à 3614,42 milliards de dinars en 2021 contre une prévision de clôture de 2954,88 milliards de dinars de l’actuel exercice prévue dans la LFC 2020.

La ministre des Relations avec le Parlement, Basma Azouar, qui répondait, lundi, aux préoccupations des membres de la Commission des Finances et du Budget à l’Assemblée populaire nationale (APN), a indiqué, lors d’une séance consacrée au débat du PLF 2021, que le financement des déficits allait se dérouler « sur la base des méthodes traditionnelles et en recourant à la dette intérieure ». Pour justifier l’origine de ce déficit, la ministre a expliqué que les dépenses d’équipement incluaient principalement des affectations des projets en zones d’ombre et une réévaluation des projets en vigueur. En tout cas, les déclarations de la ministre des Relations avec le Parlement renvoient à une éventuelle reprise de la planche à billets pour le financement du déficit. Son financement par la dette intérieure signifie le retour à la planche à billets que les plus hautes autorités du pays ont à maintes fois rejetée. Or, le financement non conventionnel a aidé ces dernières années à faire augmenter la dette intérieure qui a atteint des niveaux problématiques ces dernières années. Depuis 2014, alors que les tensions financières s’accentuaient, la stratégie de financement des déficits s’était limitée à utiliser l’épargne stockée dans le Fonds de régulation des recettes (FRR) et, depuis octobre 2017, à émettre des titres de dette intérieure. L’État était contraint d’emprunter auprès de la banque centrale afin de desserrer sa contrainte budgétaire. Fin 2017, quelques mois seulement après l’adoption de la planche à billets comme moyen de financement, environ 53% de l’encours des titres du Trésors étaient détenus par la banque centrale, le reste se répartissant entre des banques (principalement publiques) et des compagnies d’assurance. Cependant, le poids du financement monétaire a beaucoup augmenté en 2018 et 2019, ce qui a aidé à porter à des niveaux très élevés la proportion de la dette publique par rapport au PIB. Elle aurait atteint 60% cette année, ce qui est un niveau à peine soutenable, alors que la ministre des Relations avec le Parlement ouvre la porte à un retour du financement des déficits par la dette intérieure. En 2019, le déficit budgétaire représentait 9,6% du PIB et la dette publique a approché 47% du PIB, dont 70 % de celle-ci étant due à la Banque centrale en raison d’importantes opérations de financement monétaire. L’absence d’alternatives aux financement non conventionnel fait croire que le gouvernement n’a de choix désormais que de reprendre la planche à billets pour la couverture du déficit budgétaire. Dans son rapport de suivi de la situation économique en Algérie, la Banque mondiale fait constater que l’option d’un retour à la planche à billets n’est pas exclue et serait même inévitable. « La baisse des prix des hydrocarbures pourrait provoquer un ajustement supplémentaire du taux de change et, parallèlement à la réalisation des engagements conditionnels provenant de banques publiques exposées à des entreprises publiques en difficulté, relancer le financement monétaire », lit-on dans ledit rapport. n