S’exprimant lors d’une cérémonie dédiée au lancement du programme de formation des cadres, pour la mise en œuvre du cadre budgétaire prévu par la Loi organique 18-15 relative aux lois de finances (LOLF), le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, a de nouveau tenté de «dédramatiser» la situation financière que traverse le pays, assurant que l’économie nationale «possède de nombreux atouts qu’elle n’a pas encore déployés».

Le ministre répondait à sa manière à la récurrente question liée au financement du déficit abyssal prévu en 2021. La loi de finances du prochain exercice prévoit, en effet, un déficit budgétaire de 2 784,8 milliards de dinars, en nette hausse par rapport au déficit de l’actuel exercice, dont les prévisions de clôture tablent sur un solde de -2 381,5 milliards de dinars. Le déficit du Trésor devrait, en revanche, caracoler à plus de 3 614 milliards de dinars en 2021, ce qui correspond à 17,6% du Produit intérieur brut (PIB). Les niveaux de déficits sont importants, ce qui fait que la question de leur financement, alors que le pays ne dispose plus d’aucun parechoc financier en interne, revient comme une prière, obligeant le gouvernement à dévoiler ses pistes de travail, tantôt devant des députés envahissants, tantôt pour dépassionner le débat. Hier encore, Aymen Benabderrahmane a mis en avant le faible endettement de l’Algérie comme atout en mesure de renforcer la résilience de l’économie face au poids des déficits. «L’endettement intérieur par rapport au PIB en Algérie est le plus faible dans la région, d’autres pays ont des niveaux d’endettement extérieur très importants. De plus, la Banque centrale européenne (BCE) et la FED (banque centrale américaine) ont fait appel à la planche à billet», a expliqué le ministre, notant que «l’Algérie ne connaît pas ce type de contraintes». Le ministre a indiqué, lors de son passage à la chambre basse du Parlement, que le déficit budgétaire prévisionnel pour 2021 sera financé à travers l’application des mécanismes de la politique monétaire, stipulés dans la loi, en concertation avec la Banque d’Algérie. Il s’agit en particulier d’utiliser une partie des réserves et affectations constituées par la Banque centrale. Il sera ainsi procédé au placement d’une partie des fonds propres de la Banque d’Algérie en bons du Trésor, en sus de la dynamisation du marché des bons du Trésor, à travers le rachat d’importants crédits bancaires communs, et le refinancement des bons du Trésor émis en contrepartie du rachat de ces crédits bancaires communs. Le ministre des Finances avait également évoqué le soutien à l’investissement privé et étranger ; lesquels seront désormais autorisés à participer au financement et la gestion des projets d’équipement dans le cadre des partenariats public-privé, dont la loi de cadrage est actuellement en préparation.
Hier, Aymen Benabderrahmane a plaidé à nouveau en faveur de la lutte contre «la bureaucratie négative» en changeant l’état d’esprit global. «Nous allons endiguer la bureaucratie négative là où elle se trouve pour permettre à l’investissement et au climat des affaires d’être optimaux afin que l’opérateur économique, notamment algérien, se retrouve dans un environnement stable et rémunérateur», a-t-il assuré. Répliquant à une question au sujet de l’état de la trésorerie de la compagnie nationale Air Algérie, le ministre a affirmé que «l’Etat fera tout pour redynamiser les entreprises publiques les plus en vue». «Nous ne laisserons pas tomber notre tissu industriel national, public ou privé. Mais on plaide aussi pour un changement du mode de gouvernance de certaines de ces entreprises pour qu’elles s’inscrivent dans une pérennité économique», a-t-il noté à la même occasion. n