Par Khaled Remouche
Ni endettement extérieur ni planche à billets pour financer la relance économique, a assuré le Premier ministre et argentier du pays en ce qui concerne la ressource à mobiliser pour financer le redémarrage de l’outil économique national. Mais alors où trouver l’argent nécessaire… La stratégie de financement du plan d’action du gouvernement actuel et de la relance économique paraît peu claire. En déclarant au Parlement que l’Algérie ne compte recourir ni à la planche à billets ni à l’endettement extérieur pour couvrir ses besoins de financement, il a laissé entendre que l’Exécutif table sur d’autres sources. Ces explications plongent l’opinion publique et les observateurs de la scène économique nationale dans le flou. Cela laisse à penser que le gouvernement continuera à opérer des glissements du dinar pour réduire le déficit et à compter sur la mobilisation de l’argent de l’informel et la monnaie circulant hors des circuits bancaires via la finance islamique et des mesures financières incitatives guère dévoilées jusqu’ici. Pour la première alternative, la collecte de fonds sera limitée à court terme en raison d’un déficit de confiance. Quant aux gros bonnets de l’informel qui accumulent de gros montants en dinars, il sera difficile de les convaincre tant la situation leur sied bien : une grande liquidité qu’ils ne pourront retrouver dans le circuit bancaire qui risque de les soumettre à l’épreuve des origines de l’argent déposé. Il faut donc déployer la grosse artillerie, soit créer de nouveaux billets de 2000 et 1000 dinars ou un nouveau dinar, les obligeant à déposer leur argent dans les banques, soit des mesures très incitatives accompagnées d’une amnistie fiscale afin de les convaincre à contribuer au financement de l’économie nationale. Cette solution paraît très aléatoire à court terme. Le gouvernement peut tabler sur la liquidité bancaire, or elle ne semble pas très importante et ne couvre, loin s’en faut, pas suffisamment les besoins de financement des investissements publics. Il suffit de regarder les besoins de financement de Sonatrach, de Sonelgaz à court et moyen termes, des grands projets structurants, port de Hamdania, projet de développement des mines de phosphate, du gisement de Gara Djebilet pour se rendre compte de l’importance de ces besoins de financement ; les liquidités bancaires sont loin de pouvoir couvrir une grande partie de ces financements. Ces liquidités devraient servir également à financer les investissements privés, un puissant secteur, catalyseur de croissance économique. Elles devraient servir à couvrir les besoins de trésorerie des entreprises en difficulté.
Pour un spécialiste financier qui a requis l’anonymat, les seules principales alternatives qui demeurent en main de l’Exécutif sont l’endettement extérieur et la planche à billets. Pour le gouvernement et la Présidence, l’endettement extérieur est entendu comme le recours aux crédits commerciaux des banques privées internationales ou aux prêts des institutions financières internationales, FMI et Banque mondiale. Le gouvernement n’exclut pas le recours aux fonds d’investissement, notamment chinois, pour financer de tels grands projets structurants. Toujours selon ce spécialiste, il ne convient pas de considérer l’endettement extérieur comme un dogme ou un mal. On peut s’endetter sans problèmes pour financer de bons projets productifs ou à forte rentabilité, ou venant en substitution aux importations. Cet endettement qui, bien sûr, doit mesurer et non alourdir le service de la dette et avoir un impact positif à moyen terme sur la balance des paiements. Le project financing est également une bonne alternative. Cette formule sert à financer des projets d’infrastructures ou pétroliers rentables. Cette dette est remboursée à partir des revenus dégagés par l’exploitation de l’infrastructure, de l’usine ou du gisement en exploitation. Elle ne peut couvrir tous les projets d’investissements, mais seulement ceux dans les cas de figure précités.
Quant à l’emprunt obligataire, le déficit de confiance et le manque de liquidités chez les institutionnels, banques et sociétés d’assurance, constituent un obstacle à la réussite de ce type d’opération. Il ne reste que les dividendes de la Banque d’Algérie et des sociétés publiques bénéficiaires. Une solution partielle qui ne peut couvrir l’essentiel des besoins.
Finalement, à court terme, les marges de manœuvre du gouvernement sont limitées, mais il pourra compter sur l’embellie des prix du pétrole. A moyen terme, d’autres alternatives hors budget de l’Etat peuvent être mobilisées : le partenariat public-privé, les revenus tirés des cessions d’actions au titre d’ouverture du capital des entreprises publiques. Encore faut-il qu’une bonne ingénierie soit mise en place au préalable pour que ces solutions soient efficaces.