Après avoir entendu les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahi, Abdelmalek Sellal, les ex-ministres de l’Industrie Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda, ainsi que des cadres du même ministère et l’ancienne wali de Boumerdès Yamina Zerhouni, le procès en appel des «affaires» du montage automobile et du financement «occulte» de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika a été marqué, hier à la Cour d’Alger, par l’audition de l’homme d’affaires Ahmed Mazouz. Condamné à 4 ans de prison ferme pour des faits de «blanchiment d’argent», «financement occulte» mais aussi de «pression sur des fonctionnaires», l’ex-investisseur dans trois projets de montages de véhicules a ainsi fait savoir, hier, qu’il avait toujours agi «conformément à la loi». La question de son implication dans le financement de la campagne de Bouteflika a, quant à elle, apporté beaucoup plus de détails.
En effet, interrogé par la juge de la Cour d’Alger sur l’accusation de «financement occulte» de la campagne du 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Ahmed Mazouz, sans nier les faits d’un versement de 39 milliards de centimes, a cependant indiqué que cette «contribution» était en son nom propre «pas en celui de l’entreprise». Ainsi, le prévenu Ahmed Mazouz, qui comparaissait par visioconférence, a déclaré, le 8 février et non le 18 comme il est dit, «j’ai donné un chèque en mon nom et adressé à la campagne du candidat libre Abdelaziz Bouteflika». Une contribution «en tant que citoyen», motivée, ajoute-t-il, par ses convictions politiques : «Je suis un citoyen algérien, je donne de l’argent là où je vois qu’il y a du positif pour le pays.» Interrogé par la juge sur le processus l’ayant conduit à adresser une telle somme, Ahmed Mazouz a également expliqué hier : «(Mohamed) Bairi m’a contacté, me disant que la campagne allait commencer et qu’il fallait aider le candidat libre Bouteflika (…) Il m’a dit que Ali Haddad avait déjà donné 180 milliards.» Ahmed Mazouz explique ainsi avoir donné une somme plus modeste, «39 milliards de centimes», qu’il dit avoir confié à Ali Haddad «et on ne m’a toujours pas rendu cet argent». Déclarations qui impliquent ainsi certaines des plus importantes figures de l’ex-Forum des chefs d’entreprise (FCE), le prévenu Ahmed Mazouz ajoute, en réponse à la question de la juge sur le rapport entre Ali Haddad et la campagne, «si j’ai donné à Ali Haddad, c’est que le FCE se chargeait de la campagne, il représentait les hommes d’affaires».
Quant à la très complexe «affaire» de la politique de montage automobile, un dossier marqué depuis samedi par les déclarations souvent contradictoires des ex-Premiers ministres, du ministre de l’Industrie Youcef Yousfi, ou encore de l’ancien président du Conseil d’évaluation technique (CET) Allouane Mohamed, le prévenu Ahmed Mazouz, qui avait dans le cadre de cette politique proposé trois dossiers de montage de véhicules, autobus, utilitaires et voiture de tourisme, en partenariat avec des constructeurs chinois, a fait savoir qu’«il n’avait jamais bénéficié d’avantages». Au contraire, le gouvernement de l’époque aurait même été «un obstacle» à ses investissements : «On m’a dit que Ouyahia avait refusé mon projet de véhicule de tourisme au motif que leur prix de vente aurait été inférieur à 1 000 000 dinars.» La veille, l’ex-Premier ministre Ouyahia avait, pour sa part, indiqué que seuls les véhicules «de marque mondiale» offrant une certaine «sécurité», avaient été autorisés.
Interrogé également sur les accusations de blanchiment d’argent et d’éventuels avantages qu’il aurait reçus de l’Etat pour ses projets, Ahmed Mazou a en substance fait savoir que les réductions de taxes et d’impôts «n’étaient pas en soi un avantage», «ces sommes sont en fait données à l’acheteur final. Oui, j’achetais les kits de montage en hors taxe, mais je les vends aussi en hors taxe». La même chose en ce qui concerne le nombre de ses projets, quand la juge de la Cour d’Alger s’est interrogée sur le fait qu’Ahmed Mazouz était le «seul à avoir trois marques». Il explique qu’«il s’agissait de trois catégories différentes de véhicules».
Réfutant également les accusations de blanchiment d’argent, l’ex-homme d’affaires, qui se déclare «issu d’une famille d’industriels et de commerçants» mais aussi d’avoir été le premier importateur à travailler avec la Chine, ou encore d’avoir été «dans le domaine de l’automobile depuis 2004», explique : «Tous mes comptes, mes biens sont en Algérie, je n’ai rien ailleurs, je n’ai aucun compte à l’étranger»… Le procès des «affaires» du montage automobile et du financement occulte de la campagne électorale d’Abdelaziz Bouteflika devrait encore se poursuivre durant les prochains jours. Sa réouverture avec une «composante spéciale» et sous l’instruction de nouveaux juges avait, pour rappel, été autorisée par la Cour suprême suite à la demande des avocats de la défense. <