Un dossier complet sera remis d’ici une quinzaine de jours au Haut-Conseil islamique (HCI) pour permettre de mettre en place un cadre juridique à la finance islamique en Algérie, a annoncé hier à Alger l’économiste en charge du dossier, Mohamed Boudjelal, professeur des sciences économiques à l’université de M’sila. C’est lors d’une rencontre organisée au HCI que M. Boudjelal a signalé le « vide juridique » dans la législation algérienne. Ce dossier apportera des recommandations qui seront remises aux plus hautes autorités de l’Etat afin d’apporter un encrage juridique à travers des dispositions qui seront introduites à la loi sur la monnaie et le crédit, le code du commerce, le code des impôts et la loi sur les assurances. Il s’agit aussi de mettre en place une instance de la « char’ia » pour le contrôle et une « référence unifiée », a-t-il ajouté. « La législation algérienne en vigueur n’interdit pas la finance islamique mais ne la reconnaît pas », a-t-il noté. En effet, « la Banque d’Algérie autorise les banques islamiques en dépit du vide juridique », a  signalé M. Boudjelal, qui rappelle qu’« une initiative a eu lieu devant l’Assemblée nationale populaire (APN) pour apporter des modifications à la loi sur la monnaie et le crédit mais n’a pas abouti ». Actuellement, il existe deux banques islamiques en Algérie qui sont nées dans le cadre de la loi sur la monnaie et le crédit datant de 1990. Par ailleurs, « un autre dossier est en préparation sur le financement philanthropique avec des contributions de la « zakat » et du « wakf ». Dans ce sens, « un Fonds « wakf » pour les crédits sans intérêts qui s’adressera aux plus démunis », a-t-il expliqué. La banque Essalam va créer ce fonds durant l’année 2017, selon son directeur général, Nacer Hideur.

Le président du HCI a demandé de prendre exemple sur la communauté Ibadhite (mozabite) dans ses échanges économiques au sein de la communauté. Il a promis d’organiser une autre conférence sur l’assurance « takafoul » émanant des principes de l’Islam.
Le président du Club économique algérien, Abdelkader Semmari, a indiqué que «9 milliards de dinars circulent hors circuit bancaire ». M. Semmari a proposé de procéder rapidement à mettre en place l’encrage juridique, à la publication d’une «fetwa» propre au contexte algérien qui s’adressera à quatre catégories dont les banques et établissements financiers, les hommes d’affaires, les experts et chercheurs et enfin au grand public.
La finance islamique ne date pas des années 1990 avec la naissance de la première banque islamique en Algérie, El Baraka, puis avec la banque Essalam, mais remonte à 1929 avec l’Association des oulémas algériens. Une demande a été déposée devant les autorités coloniales françaises en vue d’un agrément qui n’a jamais été obtenu, a indiqué M. Hideur, Directeur général de la banque Essalam. Dans le cadre du dossier qui sera remis au HCI, il sera demandé de mettre en place la formule des « sukuk » pour le financement de projets ou le budget de l’Etat. Il citera, à titre d’exemple, le projet du port de Hamdania, à Cherchell, financé en partie par des fonds chinois et l’autre partie par un emprunt obligataire. Il propose dans ce sens l’émission de « sukuk », selon la formule cession-vente qui ouvre droit à l’usufruit et reprendra ce droit d’usufruit que l’Etat cédera aux souscripteurs en loyer par la formule du leasing qui in fine ouvrira droit au remboursement du montant avec une rémunération de cet investissement. Ces sukuk peuvent être revendus sur le marché secondaire du moment qu’ils représentent un droit de propriété et non un droit de créances, comme le recommande la chariaa. Il existe plusieurs variantes de « sukuk », explique M. Hideur.