Réactivation du fonds Faudtic, enseignement du numérique à partir du primaire, réduction des droits et taxes sur les produits informatiques, incitations pour les entreprises qui investissent dans le numérique, toilettage de la réglementation pour l’adapter à l’économie de la connaissance, encourager le contenu numérique local, autant de recommandations présentées en vue de l’élaboration d’une feuille de route destinée au gouvernement pour faire émerger une industrie du numérique en Algérie.

Par Khaled Remouche
Les Assises sur l’économie de la connaissance organisées par le ministère chargé du dossier et le CNESE se sont clôturées, hier, avec la présentation des propositions au gouvernement, issues des travaux de sept ateliers en vue de l’élaboration d’une feuille de route destinée à appliquer un modèle économique, fondé sur la connaissance et non sur la rente comme aujourd’hui. En un mot, construire une puissante économie de la connaissance en Algérie, levier important de la croissance économique.
Dans les interventions des participants dans l’un des plus importants ateliers, à savoir l’atelier numéro 4 portant sur la promotion de l’économie de la connaissance, il apparaît clairement le fossé entre le discours officiel et les réalités du terrain. Si le premier se focalise sur les réalisations effectuées sur la voie de l’émergence d’une véritable économie de la connaissance certes, importantes, il faut le reconnaître, les conclusions des hommes du terrain mettent en relief le grand gap ou le grand retard accumulé dans ce domaine et les gros efforts à déployer pour voir émerger cette industrie de la connaissance. Parmi les propositions phares de cet atelier, la reconnaissance de l’économie de la connaissance comme une industrie. Il convient également de réduire la facture numérique, c’est-à-dire de permettre l’accès de la majorité des citoyens à l’internet, en réduisant les droits et taxes sur les produits informatiques (PC, laptops, intrants informatiques). Autre recommandation, réactiver le fonds Faudtic, dont la loi de finances 2021 prévoit la clôture à la fin de l’année, destiné à aider les entreprises du numérique à financer une acquisition de matériel, de logiciels ou d’actions de formation. L’argent de ce fonds n’a pas été souvent utilisé, a affirmé Younès Grar, expert et modérateur de cet atelier. «Quand j’étais au ministère de la Poste et des Télécommunications, en 2015, j’ai vu les dossiers présentés. Sur 80 projets, 1 seul a été accepté par la commission, celui de Mobilis, pour un salon, alors que l’argent de ce fonds est destiné, selon la réglementation, aux entreprises privées», a-t-il ajouté. «Dans ces 80 projets présentés en vue du financement par le Faudtic, plusieurs étaient intéressants», a-t-il précisé. Le fonds disposait de 5 milliards de dinars. Autre recommandation importante, réviser le cadre réglementaire afin de l’adapter à l’économie de la connaissance. Il s’agit de revoir tous les textes qui impactent directement ou indirectement l’économie de la connaissance. Il convient aussi de réguler l’industrie du numérique.
Le ministre délégué à l’économie de la Connaissance et des Start-ups, Yacine Oualid, qui est intervenu au cours des travaux de cet atelier, a reconnu que des textes de loi ne sont guère adaptés à l’économie de la connaissance. Il a rappelé l’importance de l’économie de la connaissance. «C’est 20% de la croissance mondiale». Il a également relevé que l’économie de la connaissance est une culture. Une révolution mentale doit s’opérer. Il a cité à cet égard, cet exemple récent : «Un participant a répondu aux organisateurs : pourquoi vous m’invitez par mail, envoyez-moi un fax.»

«Pourquoi vous m’invitez par mail, envoyez- moi un fax»
En ce sens, les participants à l’atelier ont proposé l’enseignement du numérique à partir du primaire. L’intégration des métiers du numérique dans la nomenclature des métiers, l’équité entre les secteurs public et privé dans la commande publique et les opportunités d’affaires, la dématérialisation des procédures, un portail des appels d’offres et la mise en ligne des résultats des ouvertures des plis, en vue de consacrer la transparence dans l’attribution des marchés dans le secteur du numérique, la préférence nationale comme condition dans l’attribution des marchés. Autant de propositions pertinentes. Il s’agit aussi d’encourager le contenu local du numérique, l’open data et de prévoir des incitations pour les entreprises qui investissent dans le numérique. Toutes ces recommandations montrent le long chemin à faire pour que se transforme l’économie nationale en économie fondée sur la connaissance. n