Le pacte signé entre les pays de l’Opep et non Opep a pris fin, mardi, sans renouvellement et avec des interrogations d’inquiétude sur le comportement du marché pétrolier, où le prix du baril, plombé depuis des semaines par l’effet économique de la pandémie mondiale du Covid-19, peinait à dépasser, hier, les 23 dollars.

Pour l’histoire, c’est la première foisdepuis plus de trois ans que l’Opep+, terme utilisé pour désigner l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés non-membres, ne renouvelle pas son engagement de réduction de la production du pétrole brut.
L’accord, conclu en décembre 2019 et désormais caduc, a porté sur une baisse de 1,7 million b/j jusqu’à la fin de l’année en cours, selon la recommandation du Comité technique de l’Organisation, réuni en février dernier, qui avait également souhaité une nouvelle coupe dans la production de 1,5 million de barils par jour (bpj) jusqu’à fin 2020.
Le rejet de cette recommandation, expliquée par le refus de la Russie d’accepter une nouvelle baisse de production, a été suivi d’une guerre des prix déclenchée par l’Arabie Saoudite. Ryad, qui a procédé à la plus forte baisse de ses prix en vingt ans, a annoncé vouloir accroître ses exportations d’un million de bpj, pour les porter à 12,3 millions, contre 9,7 actuellement.
Pour l’histoire, également, l’arrivée à terme du pacte Opep+ signe la fin du succès de la diplomatie pétrolière algérienne. C’est aussi, pour l’Algérie, l’heure d’un nouveau pari, pour l’instant incertain, de parvenir à créer, comme en automne 2016 à Alger, les conditions d’un nouvel accord international qui rassurerait les marchés et redonner de la couleur aux cours du Brut.

La fin d’un succès algérien
En effet, il y a bientôt quatre ans, l’Opep+, qui compte 24 pays, s’est engagée à observer de stricts quotas de production pour soutenir les prix. C’est lors de la tenue de la «170e réunion extraordinaire de la Conférence ministérielle de l’Opep», en septembre 2016, que ses pays membres avaient décidé d’ajuster leur production, dans un intervalle de 32,5 à 33 millions de barils par jour et de créer un Comité de haut niveau présidé par l’Algérie en vue d’élaborer les détails de l’accord.
Ces détails ont été définis par une proposition algérienne adoptée lors de la «171e réunion ordinaire de la Conférence ministérielle de l’Opep», en novembre 2016 à Vienne. Le haut comité de l’Opep avait également tenu des réunions avec des pays non membres de l’organisation. Ces discussions avaient abouti à la signature de l’Accord de coopération entre les pays membres de l’Opep et des pays non Opep participant à la réunion de décembre 2016.
L’Opep avait ainsi décidé d’une réduction de sa production de pétrole d’environ 1,2 million b/j à compter du 1er janvier 2017, rejointe par la suite par 11 pays non-membres ayant accepté de réduire leur offre de 600 000 bj. Une année après, l’Organisation et ses partenaires décidèrent de prolonger jusqu’à fin 2018 leur plafonnement de la production.
En décembre 2019, l’Opep et ses partenaires avaient convenu d’une baisse de production supplémentaire de 500 000 barils/j pour porter la baisse entamée en 2017 à 1,7 million de barils /jour, mais ce scénario destiné à maintenir les prix à des niveaux acceptables pour les pays producteurs comme pour les consommateurs a été déjoué par la pandémie du Covid-19.
S’il n’est pas sûr que l’Algérie, qui préside l’Opep jusqu’en décembre prochain, ne soit en mesure de renouer avec l’exploit de 2016, la géopolitique pétrolière, elle, connaît des bouleversements auxquels très peu d’experts songeaient. Au moment où l’Arabie Saoudite entend mener jusqu’au bout sa guerre des prix, on assiste à un rapprochement entre les Etats-Unis, premier producteur de pétrole mondial avec l’essor du schiste, et la Russie.

Washington et Moscou vont-ils changer la donne ?
C’est justement la question que se posent les experts et les médias spécialisés après que les Présidents Donald Trump et Vladimir Poutine se soient entendus, avant-hier lundi, au cours d’un entretien téléphonique, pour que responsables américains et russes du secteur de l’énergie se rencontrent afin de discuter de l’effondrement du marché pétrolier mondial.
Pour tous les observateurs, l’annonce d’un accord entre les deux puissances rivales constitue un «nouveau rebondissement dans la diplomatie pétrolière mondiale». Il verrait l’apparition peut-être d’un nouveau modèle d’entente, jusque-là inenvisageable, entre deux pays aux intérêts concurrents et divergents, et qui pourrait prendre place du pacte signé à l’automne 2016 à Alger entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), emmenée par l’Arabie saoudite et la Russie, sur un plafonnement de la production.
Peu avant son entretien avec son homologue russe, Donald Trump a jugé que l’Arabie saoudite et la Russie étaient «toutes les deux devenues folles» en se lançant dans une guerre des prix. «Je n’aurais jamais pensé dire qu’il nous faut une augmentation du (prix du) pétrole, parce que c’est le cas», a, encore, dit le président américain sur Fox News.
Judd Deere, porte-parole de la Maison-Blanche, a déclaré, pour sa part, que les deux dirigeants américain et russe étaient convenus de l’importance de la stabilité des marchés mondiaux de l’énergie mais il n’a pas fait état de la possibilité d’entretiens au niveau ministériel. A suivre, donc.<