En droite ligne des résolutions des Nations unies appelant à la levée des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis à Cuba, l’Algérie affirme son opposition à cet embargo et déclare sa solidarité avec La Havane. Les deux pays ont rendez-vous en 2023 pour redynamiser la Haute commission mixte et mobiliser les opérateurs algériens pour une éventuelle coopération économique et commerciale soutenue.

Par Salim Benour
Le chef de l’Etat cubain, Miguel Diaz-Canel Bermudez, a achevé samedi 19 novembre sa visite de travail et d’amitié de trois jours en Algérie. Son séjour durant lequel il a eu des entretiens avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été marqué par une déclaration de solidarité de l’Algérie avec Cuba concernant l’embargo imposé par les Etats-Unis à l’île depuis 1962 ainsi que par la promesse d’une relation politique et économique renforcée à l’avenir.
Dans une déclaration conjointe, au terme des entretiens entre les deux chefs d’Etat, le président Tebboune a réaffirmé la solidarité permanente de l’Algérie avec le peuple cubain en vue de lever le blocus économique, commercial et financier qui lui est imposé depuis plus de 60 ans. Il a, à cet égard, annoncé que «l’Algérie a décidé d’atténuer les difficultés auxquelles fait face l’économie cubaine, à travers l’annulation des intérêts sur la dette cubaine auprès de l’Algérie et le report du paiement de ces dettes».
M. Tebboune a indiqué que l’Algérie a également décidé «de faire don d’une centrale électrique solaire à Cuba et de reprendre les approvisionnements en hydrocarbures pour permettre à ce pays de remettre en marche les centrales électriques et mettre fin aux coupures actuelles d’électricité».
De son côté, le Président cubain a affirmé que l’Algérie et son pays «constituent un modèle de relations d’amitié, de solidarité et de soutien mutuel depuis 1963, l’année qui a vu Cuba envoyer une équipe de médecins pour coopérer avec le peuple algérien frère». La coopération dans le domaine de la santé entre Alger et La Havane reste encore importante jusqu’à aujourd’hui et de nombreux médecins et soignants cubains travaillent actuellement dans plusieurs structures algériennes notamment à Djelfa dans des services «mère-enfant».
Miguel Diaz-Canel Bermudez a indiqué que les relations politiques entre l’Algérie et son pays sont «excellentes», précisant que sa rencontre avec le Président Tebboune a permis de souligner la convergence de vues sur les questions internationales et régionales d’intérêt commun. Il s’est félicité, à cette occasion, de l’annulation des intérêts sur la dette cubaine auprès de l’Algérie et le report du paiement de ces dettes, soutenant qu’il s’agit d’un «soutien important de l’Algérie envers Cuba et un témoignage de sa compréhension de la situation qui prévaut dans mon pays».
La perspective entre l’Algérie et Cuba, a déclaré le président Tebboune, est de «renforcer la coopération en matière d’industrie pharmaceutique, de créer le nombre requis de sociétés mixtes, de produire des vaccins et de promouvoir l’échange d’expériences dans les domaines de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et du commerce». Une délégation d’opérateurs algériens, 150 chefs d’entreprise selon la présidence de la République, devrait se rendre à La Havane à l’occasion de la réunion de la Commission mixte à La Havane prévue début 2023
La visite du chef de l’Etat cubain coïncide avec le 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, un évènement célébré en juillet dernier par l’ambassade de Cuba à Alger par l’organisation d’évènements commémoratifs auxquels ont participé d’anciens officiels cubains dont des diplomates en poste à Alger dans les années 1960 et 1970. Elle intervient également au moment où l’Assemblée générale des Nations unies a condamné par une écrasante majorité, le 3 novembre dernier, l’embargo des Etats-Unis contre Cuba.
Un total de 185 pays a voté ce jeudi en faveur de la levée des sanctions contre Cuba, qui ont dévasté l’économie de ce pays depuis les années 1960. Seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre la motion tandis que l’Ukraine et le Brésil se sont abstenus.
Entre août 2021 et février 2022, les préjudices liés à l’embargo des Etats-Unis ont atteint un record, sur seulement sept mois, de 3 milliards 806 millions de dollars. Si le blocus n’existait pas, pour cette période notre PIB aurait pu augmenter de 4,5%. Les dommages cumulés sur plus de 60 ans atteignent 154 milliards 2 017 millions de dollars.
Durant la pandémie de Covid-19, le gouvernement des Etats-Unis a appliqué des exemptions humanitaires temporaires aux pays victimes de ses mesures coercitives unilatérales et autres sanctions. Sauf Cuba. «Pourquoi les Cubains ont-ils été exclus de cette aide humanitaire temporaire ? Au contraire, le blocus s’est renforcé, entraînant des complications et des retards quant aux livraisons de fournitures et d’équipements médicaux indispensables, en particulier pour la production de vaccins cubains. Même l’achat d’oxygène médical à des pays tiers a été bloqué», s’est insurgé à la veille du vote le ministre des Relations extérieures de Cuba, Bruno Rodríguez Parrilla. Le ministre a rappelé qu’«en dépit de ses ressources limitées Cuba a envoyé 58 brigades médicales à 42 pays et territoires, qui se sont ajoutées à plus de 28 000 de nos professionnels de santé qui à ce moment-là offraient leurs services à 59 nations».
Il s’agit de la trentième fois que l’Assemblée générale des Nations unies a voté en faveur de la résolution et a bénéficié d’un soutien écrasant. n