Le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a procédé, hier vendredi, au limogeage surprise du général Lahbib Chentouf commandant de la Première région militaire et du général Saïd Bey qui commandait la 2e Région militaire. Le premier est remplacé par Ali Sidane, qui était directeur de l’Ecole militaire de Cherchell. Le second est remplacé par le général Meftah Souab qui commandait la Sixième région militaire auparavant. 

Le deuxième est remplacé par le général  Meftah Souab, qui commandait la sixième région militaire auparavant.  Les services de la présidence de la République n’ont pas communiqué ni donné d’indications sur les raisons de M. Abdelaziz Bouteflika à mettre fin aux fonctions des généraux concernés. Ils n’ont non plus pas fourni d’information officielle sur les remplaçants des anciens responsables de la sixième région militaire et de l’académie interarmes de Cherchell, leurs noms ayant été donnés par Reuters et circulé à travers les réseaux sociaux. Et si la question du remplacement des hauts officiers remerciés ne devrait pas être sujette à des spéculations, la haute hiérarchie de l’ANP ayant dû la régler plus tôt, les motifs de leur départ ne manquent pas de susciter des interrogations. Les généraux Saïd Bey et Lahbib Chentouf commandaient des régions militaires considérées comme très importantes même si toutes le sont dès lors qu’on parle de défense et de sécurité. Il n’en demeure pas moins que la 1re et la 2e régions militaires couvrent des zones territoriales du pays à la géographie sensible : pour faire court, celle de Blida et celle d’Oran et des frontières avec le Maroc. Leur départ, même en situation ordinaire, nourrit les commentaires et les spéculations. D’autant que les fins de fonction et les nominations des grands officiers de l’ANP interviennent habituellement à la veille de grandes dates dont celle, proche, du 20 Août n’est pas comprise.

A moins d’une erreur grossière, ce genre de changement est toujours intervenu à la veille de la fête de l’indépendance nationale, le 5 juillet, quelquefois mais pas souvent à la veille du 1er novembre. Le rappel de cette tradition fait immanquablement penser aux limogeages récents qui ont concerné, à la veille de la fête du 5 juillet justement, le général Boudjemaa Boudouaour, directeur central des finances, et le général Mokdad Benziane, directeur du personnel de la Défense, ainsi que le général-major Menad Nouba ancien patron de la gendarmerie nationale sans oublier l’ex-patron de la police nationale Abdelghani Hamel.

Les trois hauts galonnés de l’ANP (gendarmerie incluse) ont quitté leurs responsabilités dans le sillage de ce qu’on appelle désormais l’Affaire « El Boucher » par allusion à Kamel Chikhi, importateur de viande et promoteur immobilier déchu et présumé coupable d’être derrière l’impressionnante quantité de cocaïne, plus de 700 kilos, interceptée dans des conditions non encore totalement élucidées au port d’Oran après qu’elles eussent été acheminés du Brésil via l’Espagne. C’est là un ingrédient suffisant pour que le remplacement des généraux Bey et Chentouf ravivent la polémique sur les raisons qui ont incité le président de la République à les déquiller et les remplacer. 

Une décision sans doute prise depuis quelque temps déjà et rendue officieusement publique hier, puisque, jusqu’à la fin de l’après-midi d’hier, ni les services de la présidence de la République ni ceux de la haute hiérarchie de l’ANP n’ont donné les raisons d’un limogeage qui intervient après la diffusion sur le réseau Facebook de fausses informations sur de prétendues bouleversements sécuritaires dans le pays, d’information fantaisistes sur des « arrestations » et des « interdictions de sortie du territoire » à propos desquels la DGSN a réagi avec perspicacité en publiant un communiqué mettant l’opinion nationale en garde contre les fake news.« La DGSN appelle les utilisateurs des réseaux sociaux à réagir avec vigilance et conscience face aux fausses informations diffusées sur Facebook au sujet de la vie professionnelle et familiale de personnes appartenant à l’institution », lit-on dans le communiqué de la police nationale, jeudi dernier. 

La DGSN, ajoute la même source, « se réserve le droit d’engager des poursuites en justice contre les personnes qui diffusent ces fausses informations ». ν