Par Sihem Bounabi
Le Directeur général de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), Ali Aoun, a annoncé, mardi, que 12 milliards de dinars ont été alloués pour l’acquisition de médicaments destinés au traitement des malades du cancer.
Ali Aoun a ajouté, lors d’une sortie de terrain, que «des fonds importants ont été alloués pour l’acquisition de médicaments contre le cancer et les maladies rares au cours de l’année 2022», précisant qu’«environ 60% de l’enveloppe financière de la Pharmacie centrale des hôpitaux sont dédiés à ces médicaments». Ali Aoun veut ainsi rassurer les malades et leurs familles que les médicaments seront disponibles avec régularité.
L’Alliance nationale des associations de lutte contre le cancer dit avoir lancé un énième appel de détresse au président de la République sur cette situation de pénurie qui perdure, dans un communiqué publié lundi dernier où elle s’interroge : «Comment peut-on expliquer cette situation catastrophique qui sévit encore et emporte toujours des vies ?»
Ce communiqué a été publié à la suite de la déclaration du président de la République Abdelmadjid Tebboune qui a affirmé, samedi passé, avoir «instruit l’Inspection générale de la présidence de la République pour enquêter sur les raisons de la pénurie de certains médicaments» dont les anticancéreux qu’il qualifie «d’anormale».
Une annonce accueillie avec beaucoup d’espoir par l’Alliance nationale des associations de lutte contre le cancer, qui a déclaré dans un communiqué que «les associations, membres de l’Alliance nationale de lutte contre le cancer, à travers tout le territoire national, ont accueilli avec soulagement les paroles du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de sa conférence de presse, qui a annoncé qu’une enquête est menée dans le secteur de la santé afin de vérifier les causes des multiples pénuries et dysfonctionnements dont les victimes, les patients, ne peuvent que se féliciter». Affirmant ne pas pouvoir se taire devant «les dysfonctionnements de gestion un peu partout dans le pays qui ont une répercussion dramatique parfois sur la vie des patients, adultes et enfants».
L’Alliance nationale de lutte contre le cancer espère que la déclaration du président de la République «éveillera les consciences endormies et les fouettera. Le cancer, lui, n’attend pas».
De son côté, le Pr Kamel Bouzid, oncologue, estime que «cela fait deux ans que des appels de détresse sont lancés. J’avais moi-même renouvelé l’appel, il y a un an, mais rien n’a changé, au contraire, cela s’est encore détérioré». Il ajoute à propos du communiqué de l’Alliance que «non seulement il y a des ruptures de médicaments usuels, mais des médicaments innovants, qui sont enregistrés depuis 5 ans, ne sont toujours pas rentrés».
«Cette situation de pénurie de médicaments affecte le CPMC, mais, également, au niveau des centres sur tout le territoire national. J’ai des collègues qui m’appellent de toute l’Algérie… d’Oran, Annaba, Constantine… pour me signaler qu’il y a un gros problème dans la disponibilité des médicaments pour les cancéreux». Réagissant à l’annonce du président de la République de l’ouverture d’une enquête, il espère que cela donnera des résultats.
«Normalement, l’enquête sera au niveau de la PCH puisque c’est elle qui achète et commercialise les médicaments destinés aux hôpitaux. Il faut aussi voir la tutelle de la PCH, qui est le ministère de la Santé mais également le ministère de l’Industrie pharmaceutique, puisqu’on nous a dit qu’il y a des produits qui vont être fabriqués en Algérie», indique-t-il. Il souligne la gravité de la situation actuelle des cancéreux, en confiant que «cela fait deux ans que cela dure et diminue les chances de survie et de guérison». Il estime que «ce qui est important actuellement est de trouver une solution pérenne», précisant qu’«il ne suffit pas de ramener des dons ou d’acheter ponctuellement, il faut revoir tout le système de gestion, une bonne fois pour toutes».
Pour sa part, Messaoud Belambri, président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), souligne à propos de la problématique des tensions qui pèsent sur les médicaments pour le traitement des cancéreux, «il faut savoir que cela entre dans le cadre du secteur hospitalier. C’est donc le secteur public des hôpitaux et CHU, mais aussi les cliniques privées notamment spécialisées, donc toutes ces structures sont approvisionnées par la PCH».

La PCH et les procédures d’approvisionnement
A propos du fonctionnement de la PCH, Dr Messaoud Belambri tient à rappeler que la PCH est soumise au code du marché public qui est extrêmement encadré et compliqué et où à la moindre défaillance, c’est le pénal. «On souhaite que les procédures d’approvisionnement de la PCH soient simplifiées», en précisant qu’«un secteur aussi stratégique et névralgique, comme celui de la Pharmacie centrale des hôpitaux, soit géré par le code du marché public qui est très compliqué et contraignant et ne facilite pas les approvisionnements de la PCH et, de facto, les hôpitaux, ni le renouvellement des stocks de manière fixe». Insistant que «c’est cette procédure extrêmement lourde qui pénalise la régularité et le renouvellement des stocks de médicaments de la Pharmacie centrale des hôpitaux», appelant ainsi à la mise en place de mesures beaucoup souples. En deuxième proposition, il suggère de favoriser la production locale de médicaments pour l’approvisionnement de la PCH ; l’Etat a fait beaucoup d’efforts pour le développement de l’industrie pharmaceutique, avec des chiffres confirmant un taux de couverture qui atteint les 70%. Estimant ainsi que seule l’industrie locale peut assurer la stabilité du marché du médicament et de la régularité de la disponibilité du produit pharmaceutique, rappelant que «des mesures ont été prises non seulement en matière d’investissement mais également sur le plan réglementaire». Il cite ainsi parmi les mesures les plus importantes, la réduction de l’importation des produits pharmaceutiques produits localement.
Il explique aussi que «les procédures d’approvisionnement de la PCH, ce sont les appels d’offres et, de ce fait, tout soumissionnement aussi bien des producteurs locaux que des laboratoires étrangers est concurrencé par les laboratoires étrangers».
Fort de ce constat, Dr Messaoud Belambri souligne, encore une fois, cette deuxième proposition en déclarant que «nous souhaitons que les efforts de l’encouragement de l’industrie locale se fassent également dans l’approvisionnement de la PCH ; il faut qu’il y ait des mesures avantageuses pour l’industrie locale pour l’approvisionnement de la PCH, estimant que «ce n’est pas normal que lors des appels d’offres ce sont les laboratoires étrangers qui gagnent. La compétition se fait souvent au niveau des prix où les plus bas gagnent le marché. Il faut savoir que même si le prix est le plus bas, cela va coûter à l’Algérie des devises. De plus, la production destinée au marché hospitalier est un marché spécifique, on se pose la question sur son devenir».
Il met en exergue le fait que ce soit «une concurrence déloyale, défavorable à l’industrie locale de mettre tous les intervenants sur un pied d’égalité», appelant ainsi à prioriser la production nationale afin de garantir la régularité de la disponibilité des médicaments».