Durant 1 heure 42 minutes, le réalisateur Mrah Abdelatif a plongé le spectateur au sein des zaouïa d’Algérie. Un voyage dans le monde de la spiritualité.

Par Linda Benrrahal
La question du rapport entre l’Homme et le Monde constitue un des thèmes majeurs traités par la pensée spirituelle et éducative soufie et mis en pratique dans le cadre des activités de ses institutions de solidarité et d’entraide sociales.
Le soufisme, par-delà ses différentes affiliations doctrinales, la diversité des sources de référence de son discours cognitif libérateur et les différentes voies ascétiques empruntées, aspire comme objectif suprême à accéder à la plénitude de l’homme parfait -universel transcendant- et à l’élévation du monde souhaité dans ses différents paliers existentiels et niveaux inscrits dans la réalité et l’imaginaire dans lequel l’homme -comme symbolisant le monde réel- au cours de son existence matérielle tente avec humilité d’atteindre le monde espéré, conformément à l’énoncé : « l’homme représente le monde réduit et le monde constitue l’homme entier. » Ceci est l’épreuve des souffrances de la vie et du bonheur ineffable de s’élever du monde de la souffrance au monde de l’aisance.
Ce sont là les différentes idées et conclusions du film Voyage au cœur des zaouïa d’Algérie, de Abdelatif Mrah, projeté dimanche soir au Centre des études andalouses de Tlemcen.
Le film parle des confréries islamiques qui ont pris un extraordinaire essor dans tous les pays musulmans et, en particulier, en Afrique du Nord. Les zaouïa ont joué un rôle déterminant dans l’islamisation des territoires de conquêtes mais aussi dans l’intégration du soufisme dans la vie quotidienne des musulmans.
Selon le réalisateur Mrah Abdelatif, le pays tout entier était marqué par une forte mouvance confrérique, notamment dans la région saharienne du sud-ouest algérien. Les confréries religieuses, dans cet espace, ont su garder une partie de leur vocation auprès de la population locale et leurs adeptes, et ce, malgré l’intégration de nouvelles références socioculturelles depuis l’indépendance de l’Algérie, à travers l’école.
Abdelatig Mrah, qui a interrogé dans son film plus d’un expert, a indiqué que dans la région Sud, la mobilité des étudiants religieux, connus sous le nom talabto el ilm, témoigne de l’importance culturelle de cette mouvance dans le Sahara algérien, où les échelles de mobilité diffèrent d’une zaouïa à une autre, et ce, en fonction de son histoire, de sa doctrine, tarika, de moyens financiers et du poids spirituel de son cheikh.
En effet, les débats ont montré que « l’homme parfait universel dans la pensée soufie défie le temps et le conquiert, selon la maxime « du temps plié (ou fléchi) », la logique de la vie et de l’extinction et le regard du contrôleur et du contrôlé et, également, selon la logique synchronique du texte hagiographique. L’homme peut assujettir le temps et le vaincre pendant la durée de sa vie physique quand ses actes miraculeux se perpétuent et se réalisent après avoir franchi le seuil de l’extinction conduisant à la vie éternelle. La quête spirituelle du soufi se réalise par l’ascension des niveaux spirituels par l’ascèse, l’accomplissement sur terre d’actes de bienfaisance, l’élévation morale de l’âme et l’adoption d’une posture empreinte de modestie dans son rapport aux autres mondes de l’univers comme prélude à l’accès à la vie éternelle après la mort de son être physique.
Notons que le public a eu une occasion de voir dans ce film l’ancrage profond dans l’environnement culturel, spatial et social des zaouïas et la symbolique qu’elles véhiculent
Durant 1 heure 42 minutes, Mrah Abdelatif a plongé le spectateur au sein des zaouïa d’Algérie. Un voyage tout simplement dans le monde de la spiritualité. n