Rien ne va plus dans les filières automobile et électroménager-électronique. L’indice le plus éloquent de cette situation de panne des deux industries est la mise en chômage technique de milliers de travailleurs. Une mesure transitoire qui annonce l’arrêt de dizaines d’usines dans l’électroménager et celles de la filière montage de véhicules, si rien ne bouge côté gouvernement pour arrêter des mesures de sauvegarde de ces industries. La sonnette d’alarme avait été déjà tirée avec la mise en chômage technique de mille travailleurs de Condor. L’usine, automobile Hyundai de Tiaret connaissait les mêmes difficultés. Aujourd’hui, c’est le tour d’une grande entreprise privée dans l’électroménager et l’électronique dont le patron a requis l’anonymat. « Nous avons procédé à la mise en chômage de 900 salariés. Trois usines sont à l’arrêt. » A l’origine de cette situation le rationnement des kits opéré par le gouvernement Bedoui. Ce dernier avait pour l’automobile autorisé une enveloppe de 2 milliards de dollars pour 2019. Ce qui était considéré comme insuffisant. Renault, qui avait épuisé son quota de 2019, tentait de maintenir l’activité avec l’espoir qu’en janvier 2020 un nouveau quota lui serait attribué. Ne voyant rien venir, il a dû, rapporte la presse, mettre en chômage technique 1 300 salariés.
Hier, une source sûre proche de l’usine a affirmé que « Renault Algérie a mis en chômage technique 1200 travailleurs sur les 1300 que compte l’entreprise. Nous avons maintenu 100 salariés afin de pouvoir redémarrer rapidement une fois les kits arrivés ».
« L’entreprise, nous a-t-on ajouté, attendait la libération des kits pour l’exercice 2020, mais faute d’un nouvel approvisionnement, la direction de l’usine a dû mette en chômage technique les 1200 salariés ».
Pour la filière électroménager-électronique, c’est également l’épuisement des quotas de kits mais aussi le retard dans la délivrance des licences. Le plus étonnant est que ces autorisations sont délivrées pour chaque gamme de produits. Un autre opérateur nous a confié qu’il avait reçu des licences pour certains produits et pas pour d’autres, occasionnant des perturbations dans les activités de l’entreprise et obligeant au départ en congé technique de centaines de travailleurs.
La chose semble beaucoup plus compliquée pour la filière électroménager-électronique où des dizaines d’usines sont menacées de fermeture et donc peuvent entraîner la perte d’au moins 40 000 emplois. Cette situation avait été exacerbée par deux mesures aberrantes du gouvernement Bedoui, l’obligation de recourir au crédit fournisseur au lieu du cash pour importer les kits et au pavillon national pour acheminer les matières premières. Ces deux mesures ont été fort contestées par les opérateurs de la filière. « Nos fournisseurs refusent de nous accorder ces crédits. Le pavillon national dispose d’une flotte très limitée et qui, de surcroît, ne dessert pas toutes les destinations », ont-ils argué. Cette situation perdure. Le même patron de la filière électroménager nous a confié que la première mesure la plus décisive n’a pas été levée. Le gouvernement Djerad se trouve ainsi face à une crise héritée des deux secteurs qui risque de conduire à une explosion sociale. En réaction à cette situation, le ministre de l’Industrie Aït Ali Braham avait libéré les conteneurs bloqués dans les ports en raison de ces histoires de licences, mais il semble que ce soit encore insuffisant pour que ces usines redémarrent l’activité. Le ministre de l’Industrie semble temporiser. Il a été très clair, « plus question de donner les kits à ceux qui font dans l’importation déguisée ». Il a annoncé sa préférence pour les entreprises du secteur public comme l’Eniem et l’Enie qui font davantage dans l’intégration. L’avenir est flou par contre pour les grandes entreprises du secteur privé comme Condor, IRIS, Brandt et Bomare. L’espoir est dans une reconfiguration de ces industries qui donne une chance aux entreprises qui ont fait des progrès dans l’intégration. C’est le chantier qu’a lancé le ministre et qui prendra des semaines, voire des mois, pour se traduire sur le terrain. En attendant, ce sont des milliers de travailleurs qui seront dans la précarité. Pour l’automobile, les choix sont clairs : la définition d’un cahier des charges plus strict qui encouragera les opérateurs de la filière à faire de l’intégration et à progresser dans ce processus, les constructeurs à venir investir dans le pays avec leurs équipements. Mais attention, il n’y aura de place, avait affirmé le ministre, qu’à deux nouveaux constructeurs sur le marché algérien. La tendance est au retour au modèle industriel le plus adéquat et le plus rentable favorisant un tissu de sous-traitance, à savoir la construction de grandes usines de 100 000 à 400 000 véhicules/an destinées en bonne partie à l’exportation arrimées à des PME qui fabriquent localement des pièces pour ces usines.
On en saura davantage sans doute en avril prochain quand le cahier des charges sera finalisé.<