Par Bouzid Chalabi
La mise à la disposition, dans les prochains jours, de grosses quantités de poudre de lait aux 104 laiteries privées et aux 15 relevant du groupe Giplait va-t-elle pour autant mettre fin à la pénurie actuelle du lait pasteurisé en sachet (LPS) dont le prix est administré, soit cédé à 25 DA le sachet ? Pas si sûr, car selon la Fédération nationale des distributeurs de LPS, le maillon faible ne réside pas dans la production mais plutôt dans le segment distribution aux points de vente au détail. Certes, le ministre du Commerce et de la Promotion des exportations vise, par le biais de l’Office national interprofessionnel du lait et des produits laitiers (Onil) d’injecter dans le court terme 5 000 tonnes supplémentaires de poudre de lait aux 119 laiteries du pays en plus des 14 790 tonnes qui leur étaient destinées, afin d’en finir avec les pénuries récurrentes du LPD qui exacerbent les consommateurs notamment à bas revenus.
En somme, selon Ahmed Mokrani, directeur de l’organisation des marchés et activités commerciales au ministère du Commerce et de la Promotion des exportations, repris par l’APS, «ces volumes additionnels de poudre de lait vont permettre une production de 141 543 689 litres de lait, soit une moyenne de production de 4,7 millions de litres par jour». Abondant dans ce sens, il explique que «ces quantités supplémentaires vont non seulement satisfaire la demande des centres urbains mais aussi permettre de couvrir les zones d’ombre notamment pendant le mois de Ramadhan prochain où la demande en LPS augmente sensiblement».
A partir de ces données, le citoyen est-il rassuré que ces besoins en LPS, du moins pendant le mois de jeûne, seront satisfaits ? Pour la Fédération nationale des distributeurs de LPS ce n’est pas évident, arguant par là que «pour assurer une distribution régulière et en quantité suffisante cela nécessite une flotte conséquente. «Ce qui n’est pas le cas», a-t-on appris d’anciens distributeurs qui étaient affiliés à l’Association nationale des commerçants algériens (ANCA). «Nous avons abandonné notre activité de distributeurs de LPS pour la simple raison qu’on travaillait presque à perte au vu essentiellement de notre faible marge de bénéfice, soit de 0,85 DA par sachet livré. Et n’arrivaient à se maintenir en activité que ceux parmi nous possédant des camions à forte capacité de transport et en sus réalisant deux rotations par jour entre la laiterie et les points de distribution. Mais au fil des jours, cela ne suffisait plus. De plus, nos diverses interpellations du ministre de tutelle pour demander une hausse de notre marge bénéficiaire, statique depuis vingt ans, sont restées sans réponse. Résultat, les rangs des distributeurs se sont fortement dégarnis.»
En résumé, si la production de LPS va certes augmenter, la distribution ne peut suivre par l’effet conjugué d’un effectif restreint et d’une marge bénéficiaire des plus insignifiantes pour les distributeurs. Dans cette même profession, on révèle que des distributeurs sont allés, pour s’en sortir, jusqu’à réduire leur réseau de distribution à tout au plus dans trois ou quatre points de livraison. C’est ce qui explique pourquoi certains détaillants sont plus desservis que d’autres. Si des quartiers sont plus ou moins approvisionnés, dans d’autres, le camion livreur fait de rares apparitions. Ce faisant, nos locuteurs estiment que le ministère du Commerce aurait dû, en plus d’injecter des quantités considérables de poudre de lait, faire en sorte que la profession de distributeur bénéficie d’un ajout de sa marge bénéficiaire. «Sans cela, les pénuries continueront», déplorent nos vis-à-vis. <