Le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a présenté ses sincères condoléances à la famille du défunt combattant du mouvement national, Sadek Hadjeres décédé jeudi dernier à Paris à l’âge de 94 ans. Saluant la mémoire du défunt, M. Tebboune a rendu hommage à son parcours d’acteur et de témoin actif du mouvement national de la guerre de libération.

Par Selma Allane
Avec la disparition de Sadek Hadjeres, c’est une grande figure du mouvement national de la gauche algérienne qui disparait. Né à Larbaa N’ath Irathen en 1928, l’homme a traversé le XXe siècle en militant de la cause nationale doublé d’une étoffe de grand intellectuel, une marque qu’on ne retrouve presque plus aujourd’hui au sein du personnel politique algérien. Il n’avait que 16 ans lorsqu’il a rejoint, en 1944, les rangs du PPA-MTLD, marquant ainsi son engagement pour l’indépendance de l’Algérie. Il quitte le parti en 1949, suite à la crise berbériste, pour s’engager, deux ans plus tard, dans les rangs du parti communiste algérien (PCA), dont il devient membre du bureau politique.
En 1954, il rejoint la révolution anticoloniale dans les rangs des Combattants de la libération, qui était l’aile armée du PCA qu’il avait rejoint en 1951, ensuite au sein de l’ALN en 1956. Au lendemain de l’indépendance, il prend part à la création du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), héritier du PCA, en 1966, une année après le coup d’Etat militaire de Houari Boumediene.
En 1976, lors du débat sur la Charte nationale, Hadjeres dirige clandestinement le PAGS en s’exprimant par le biais des organisations de masses du parti FLN tels que l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA). Les années de clandestinité, qui se sont poursuivies durement sous Chadli, s’achèvent en 1989, année de son retour après un exil en Grèce et en France.
Avec le PAGS, il prend part aux élections de 1990 et 1991, sans succès. En France, Sadek Hadjeres poursuit son militantisme pour la défense de ses idées, sans pour autant renouer organiquement avec l’ex-PAGS devenu MDS en 1997. En attendant qu’on s’attèle à la rédaction de sa biographie, Hadjeres a récemment publié deux ouvrages importants : «Quand une nation s’éveille» en 2014, présenté comme le tome 1 de ses Mémoires, et «Crise berbériste ou crise démocratique ?» , le tome 2 publié cette année aux Editions Frantz-Fanon.
Par ce texte, Sadek Hadjeres revient sur la crise de 1949 et montre que les militants de la cause nationale qui avaient été traités et condamnés pour certains pour berbérisme sécessionniste par le PPA-MTLD l’ont été à tort : «Je peux affirmer que chez tous ceux que j’avais connus alors, je ne me souviens pas avoir perçu, même chez les plus fiers de leur identité kabyle ou les moins connaisseurs de la culture arabe, une négation des autres facteurs nationaux essentiels ou des formes d’arrogance, d’agressivité, ni même de racisme»…«La crise de 49 n’a pas été une crise berbériste. Elle a été la crise de l’éveil d’une nation.» «Elle a été aussi le fruit et le signal d’alarme de la montée d’un hégémonisme globaliste qui avait entravé le développement d’un potentiel fécond prêt à fructifier. Elle a mis à nu la panne d’un processus démocratique au moment où le mouvement national en aurait eu le plus besoin pour baliser son parcours futur.» n