La réunification des rangs des Frères musulmans en Algérie est-elle en mesure de contrarier les partis au pouvoir lors des prochaines joutes électorales ? Seront-ils en mesure de rééditer la performance du FIS au début des années 1990 dans un contexte où la colère citoyenne est à son paroxysme et où un vote sanction n’est pas à écarter ? Analyse.

Le MSP absorbe le Front du changement (FC) de Menasra. C’est la troisième fusion que réalisent les partis représentant le mouvement des Frères musulmans en Algérie. Ce dernier, qui évoluait à ses débuts autour de deux principaux partis, à savoir Hamas de Cheikh Mahfoud Nahnah et Ennahdha de Saâd Abdallah Djaballah, avant d’éclater en huit petits groupuscules, engage un mouvement de réunification qui constitue désormais une lame de fond devant agiter la scène politique sur le long terme.
En effet, après le ralliement des cadres d’El Islah, revenus dans la maison de Djaballah avec réseaux et bagages, et à leur tête l’ancien leader du parti Mohamed Boulahia, puis la fusion du Front de la justice et du développement (FJD) avec Ennahdha, et, ensuite, El Bina –l’aile la plus radicale des Frères musulmans et émanant plutôt du MSP–, la fusion de ce dernier avec le Front du changement de Abdelmadjid Menasra est un tournant décisif qui devrait rassembler l’électorat islamiste en vue des joutes politiques futures. Ainsi et au-delà du formalisme administratif devant constituer le cadre légal à cette union, ces fusions polarisent le mouvement des Frères musulmans dans un nouveau schéma qui ressemble à celui de ses débuts et lui donne une force de frappe électorale qui lui permet de ratisser large dans les fiefs islamistes, cette base sociale même qui a donné le FIS-dissous vainqueur lors des scrutins de juin 1990 et de décembre 1992.
C’est que ceux qui restent en dehors de ce mouvement ne représentent plus qu’une somme négligeable au sein de la mouvance islamiste. Il ne reste qu’El Islah, dirigé par Djahid Younsi, et qui ne représente plus qu’un sigle hérité du mouvement de redressement qui avait éjecté Djaballah de cette formation. Le gros de ses cadres est revenu à la maison. Et aussi Djamel Abdesslam et son Front pour une Algérie nouvelle (FAN), ainsi que Amar Ghoul et son TAJ. Deux partis microscopiques dont la composante ne regroupe pas que des islamistes mais, constitue un patchwork où on y trouve des gens de diverses sensibilités politiques.
En tout cas, la nouvelle configuration, qui se consoliderait, comme projeté par les leaders du mouvement, lors des communales et législatives d’avril prochain, à la faveur de listes électorales communes, devrait constituer une force politique qui, dans une élection vraiment ouverte, donnerait du fil à retordre au partis au pouvoir par ses capacités de mobilisation et ses réseaux qui contrôlent des pans entiers de la société. Les différentes scissions qui l’ont affaibli font désormais partie du passé.
Et si l’abstention lors des précédents scrutins a favorisé le binôme FLN-RND, indépendamment même des pratiques frauduleuses de l’administration, cette inconnue ne sera certainement pas du côté des progressistes qui ne sont pas si présents sur le terrain et n’ont pas de leader pour rassembler les micros partis qui en revendiquent l’appartenance.