L’actualité de la pensée et la nécessaire approche moderne de cette pensée complexe dans le monde d’aujourd’hui était au centre de la table ronde, organisée, hier, dans le cadre du 8e Festival international du cinéma d’Alger (Fica) dédié au film engagé, qui se poursuit tout au long de cette semaine à la salle El Mougar et à la cinémathèque algérienne.

La table ronde «Fanon l’Algérien : peaux noires, écrans blancs», organisée hier dans le cadre du 8e Fica, dédié au film engagé, a commencé par la projection d’extraits du documentaire qui est en cours de réalisation sur Fanon. Dans ces images, les présents sont conviés à suivre les traces de Frantz Fanon à l’hôpital psychiatrique de Blida, avec le témoignage émouvant d’Alice Cherki, qui a bien connu Frantz Fanon, travaillé à ses côtés, en Algérie et en Tunisie, dans son service psychiatrique, et partagé son engagement politique durant la guerre d’Algérie. Elle a publié chez des éditeurs algériens deux ouvrages biographiques qui y font référence.
Durant une vingtaine de minutes, celle qui a côtoyé Fanon raconte la révolution de ce jeune médecin psychiatre qui a révolutionné la discipline en apportant une réelle approche de soins à travers l’activité sociale pour restaurer la dignité des patients. Elle évoque aussi l’adhésion de Fanon à la guerre de libération nationale à travers ses actions de médecin, mais aussi ses textes et son engagement politique. Commentant le portrait de Frantz Fanon, qui orne aujourd’hui la façade de l’hôpital de Blida qui porte son nom, elle confie : «Ce portrait est le plus fidèle et fait ressortir son regard ; un regard qui observe, qui réfléchit, un regard assez pénétrant.»
La réflexion profonde et complexe de Frantz Fanon, fin observateur des sociétés qui l’entourent et de l’humain, lui a permis un esprit visionnaire et une anticipation sur des faits qui marquent aujourd’hui l’actualité. Après les images, Alice Cherki développera son intervention en mettant en exergue l’actualité de la pensée de Fanon et la nécessité de la promouvoir et de l’enseigner. Car il avait anticipé les maux qui rongent l’humanité aujourd’hui en y apportant des remèdes avec comme ligne directrice, la citation de Fanon : «L’homme est le bien le plus précieux». Elle a également développé les différents aspects de la réflexion du grand psychiatre humaniste. Elle s’étalera sur les aspects ayant trait à l’identité et la culture et les traumatismes de guerre. Elle met en exergue le fait que la non-prise en charge de ces questions, génération après génération, a amené à ce que Fanon avait anticipé, soit la fracture sociale, le repli identitaire, l’ethnisation des communautés et le radicalisme.
De ce fait, elle mettra l’importance de l’enseignement de la pensée de Frantz Fanon à travers des fragments de textes enseignés dans les différents paliers de l’Education nationale, soit sous formes de dictées ou d’études de texte, en citant des extraits qui pourraient servir de modèle. Cet enseignement permettrait une ouverture à l’autre dans un esprit universalisme transversal dans l’optique d’une mutation sociale vers la dignité de l’esprit.
Manthia Diawara, professeur de cinéma à New York University, auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma africain, d’origine malienne, est installé aux Etats-Unis depuis 1973. Il partage avec les présents sa découverte de Fanon et comment il a été saisi par le reflet. Il affirme que depuis trente ans, il a enseigné Fanon dans les universités américaines, soit en Californie, à Philadelphie et, actuellement, à New York. Il mettra en exergue l’influence de «Peau noire et masque blanc» chez les Blacks Panthers, mais aussi la présence de la pensée de Fanon dans le mouvement américain actuel. «La vie des Noirs compte aussi», pour dire que «toute les vies comptent. «Un message qui a d’autant de résonnance avec un Donald Trump à la présidence américaine et dont le récent tweet, relayant un tweet xénophobe, ne fait que démontrer que la pensée de Fanon et son analyse sont d’une grande actualité. 

 

Olivier Fanon lance un appel pour le déblocage de l’association Frantz Fanon
Lors de cette rencontre, invité pour parler de Frantz Fanon, son fils Olivier interpelle les présents et aussi les responsables sur le fait que l’association Fanon tarde à voir le jour pour des raisons inexpliquées. Il souligne à ce sujet : «Le dossier complet a été déposé en 2011 pour cette association nationale Frantz Fanon et il n’y a toujours pas de réponse au jour d’aujourd’hui. Fanon est enseigné dans le monde entier, une université américaine porte son nom, des associations portent son nom à travers le monde mais pas dans sa patrie, l’Algérie. Celle pour laquelle il s’est battu, celle où il a choisi d’être enterré. J’assume tous les travers de l’Algérie actuels et je n’ai de leçons de recevoir de personne. J’aimerais juste qu’on m’explique pourquoi ?»