Le film est tout récent. Il est sorti dans les salles en France en août 2017. On peut l’aimer ou pas, mais sa programmation au Festival international du film d’Alger (Fica) 2017 est tout à fait pertinente. «Ciel rouge», premier long métrage d’Olivier Lorelle, est, en effet, un film engagé.

Il raconte, comme l’a déjà écrit un critique français, «l’envers de l’histoire de France» et s’attache à restituer, à travers l’histoire d’amour d’un déserteur français et d’une Vietnamienne, l’absurdité ainsi que l’horreur du fait colonial. En Indochine, cette fois ! L’actuel Vietnam.

Le film a été projeté avant-hier soir devant un public nombreux malgré le froid. Il fait le récit, à travers de très belles images de la jungle vietnamienne, la rencontre improbable entre un jeune soldat français, engagé contre les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être mobilisé contre la résistance vietminh, et une jeune Vietnamienne. On est en 1945, et tout le film va conduire le spectateur à découvrir, à travers l’histoire d’amour des deux jeunes gens, les convictions politiques et idéologiques de la jeune Vietnamienne et la conscience en construction du jeune militaire, découvrant que sa place n’est pas de combattre une cause juste.
Sa fuite avec la jeune fille – une résistante du Vietminh, on l’aura compris, et qu’il libérera des mains de ses camarades qui l’ont torturé- sera une quête du sens qui les mènera tous les deux à épouser la cause de la résistance vietnamienne contre l’occupant colonial français. Le long métrage d’Olivier Lorelle, qui a collaboré comme scénariste aux films de Rachid Bouchareb («Indigènes», «Hors-la-loi»), est une dénonciation du fait colonial. Il manque d’un peu de vigueur peut-être, mais il se laisse voir à travers notamment le décor extraordinaire du Nord Vietnam et le lac de Ba Bê (province de Bac Kan) ainsi que le plateau calcaire de Dông Van (province de Hà Giang) classés par l’Unesco.
Ce choix a poussé le réalisateur à se concentrer davantage sur l’image silencieuse, oubliant peut-être le côté historique du film. Ce qui a fait perdre le spectateur dans une ambiance de carte postale, mais ennuyeuse. Lors du débat, Olivier Lorelle a affirmé que les événements de son film sont basés sur des faits réels. «Tout ce qui a dans le film est vrai et inspiré de faits réels.» Il a indiqué que le financement de son projet a été «difficile». «Ce film, normalement, m’aurait coûté trois ou quatre millions d’euros, mais nous n’avons pas trouvé cette somme d’argent. D’ailleurs, nous l’avons proposé à la chaine France3, mais ils ne l’ont pas accepté, car pour eux, un soldat français qui tue ses frères, ne peut pas être montré à la télévision.» «Aujourd’hui, je remercie la télévision de ne pas m’avoir financé, car avec 450 000 euros, qui est vraiment peu, je me suis permis une liberté que je n’aurais pas eue.» «Ciel rouge» a été tourné en dix-neuf jours. «Je peux vous dire que c’est le premier film français tourné en Vietnam après ‘’Indochine’’, de Régis Wargnier». Un film aux antipodes du projet et du film d’Olivier Lorelle. Ce pays est réputé très difficile, mais ça été une grande chance car j’ai pu me concentrer sur des faits naturels et les vrais paysages et villages (…) Comme nous n’avions pas d’argent, ça été difficile de se déplacer d’endroit en endroit, ceux qui nous a obligé à nous contenter de deux places magnifiques. La présence de la nature dans le film est une preuve que la vie existe, même durant la guerre. Si j’avais fait ça ailleurs je n’aurais pas été inspiré», a fait savoir le réalisateur.
Pour l’absence de dialogue, il avoue : «Au départ, j’avais cent pages, dont quatre-vingts d dialogues. Je l’ai nettoyé, car j’ai voulu que ça soit très silencieux. Je n’ai laissé que les paroles importantes. J’ai voulu en outre laisser la place à la nature».
Pour le choix du titre «Ciel rouge», le réalisateur déclare : «Ce titre m’est venu je ne sais d’où ni pourquoi. Nous avons cherché d’autres mais aucun n’accrochait. J’ai finalement gardé ce titre, car le rouge représente la passion, le communisme, la guerre et aussi le ciel, que nous trouvons dans ce pays et qui invite à être très contemplatif.»