Il est des slogans qui résument à eux seuls la réalité économique d’un pays et la politique qu’il entend suivre pour faire face à la crise. Il en est ainsi du thème choisi cette année pour la Foire internationale d’Alger.

La FIA 2018, en effet, a pour thème officiel : «Le commerce au service de la production nationale». Comprendra qui voudra, mais par commerce on entend commerce extérieur et, plus précisément, les importations qui devront être spécialement destinées à la dynamisation de la production industrielle domestique.
En d’autres termes, les achats à l’étranger doivent avant tout concerner ceux des intrants et de la matière première qu’utilisent les intégrateurs et les assembleurs nationaux. Tout ce qui est en dehors de cette rubrique devrait être non pas exclu mais réduit au maximum comme tente de le faire l’Exécutif depuis janvier dernier avec sa liste des produits «suspendus» à l’import.
L’arrêt de tout achat à l’étranger est non seulement impossible pour un système économique – le nôtre- qui en dépend fortement, mais il présente le risque de s’aliéner des partenaires importants comme l’Union européenne à laquelle l’Algérie est tenue par un accord d’association que Bruxelles veut préserver à son bénéfice. Il expose le pays également à des rapports agressifs, voire hostiles comme celui rédigé récemment par le département du commerce aux Etats-Unis sur le marché national du médicament notamment.
En dépit de ces difficultés, donc, le thème de la FIA 2018 nous dit que l’Exécutif reste persuadé qu’il doit demeurer prudent en matière de commerce extérieur et que les produits autorisés à l’importation doivent avant tout profiter à l’effort d’intégration qui, selon l’ancien ministre du Commerce Mohamed Benmeradi, demeure encore modeste : «Pour dix dinars de production, huit dépendent de la matière première achetée à l’extérieur», avait-il dit par une formule qui restera dans les annales tant que l’industrie algérienne peine à émerger réellement et ne parvient pas à se soustraire aux fournisseurs étrangers.
Qu’apprend-on encore de la FIA 2018 ? A l’annonce de l’évènement, la Foire internationale d’Alger a permis au ministre du Commerce de prononcer la phrase-enseigne : celle qui confirme le choix de son slogan cette année et qui sert de marqueur à la démarche imposée au gouvernement par la crise ouverte depuis l’été 2014. Saïd Djellab, en effet, a eu ces mots : «Nous ne voulons plus être un marché d’écoulement», a-t-il clamé avant d’abattre ses cartes : la FIA, a-t-il expliqué, doit être un lieu d’opportunités nouvelles de partenariats entre entités nationales et étrangères «pour la création de sociétés mixtes en Algérie».
Le ministre du Commerce s’exprimait devant l’ambassadeur de la République populaire de Chine, pays invité d’honneur pour cette édition qui commence aujourd’hui. Le géant asiatique n’est pas seulement le premier fournisseur de l’Algérie – supplantant la France et les autres puissances européennes avec lesquelles les opérateurs algériens commercent traditionnellement. Il est présenté comme une alternative à des partenaires occidentaux accusés de considérer le marché algérien comme un simple débouché pour leurs produits. La Chine, «premier partenaire économique et commercial» de l’Algérie, selon Said Djellab, est perçu comme un investisseur réel et potentiel idéal. Présente par exemple dans le mégaprojet du hub portuaire d’El Hamdania près de Cherchell, elle peut l’être dans d’autres domaines d’investissement structurant et ne se permet surtout pas de faire des remarques ou des critiques sur l’action du gouvernement algérien.
Pour la Chine, qui participe à la FIA depuis 1967, la présence de ses exposants, cette année, revêt une caractéristique particulière. «L’Algérie est toujours un pays à fort potentiel», a indiqué son ambassadeur Yang Guangyu en ajoutant que Pékin comptait renforcer davantage son partenariat économique avec l’Algérie.
Selon lui, les entreprises chinoises présentes en Algérie sont prêtes à pérenniser leur présence dans le pays et contribuer à la diversification de l’industrie nationale. «Nous avons un partenariat stratégique global avec l’Algérie ; avait ajouté le diplomate qui dira aussi que les entreprises chinoises sont très motivées et prêtes «à montrer leurs savoir-faire et surtout leur détermination à continuer à travailler dans le marché algérien».
Voilà qui devrait rassurer les responsables et le gouvernement algériens. Le Pavillon de la Chine accueillera 58 entreprises représentant le secteur de l’industrie, de l’électronique, de l’électricité, de la télécommunication, de la construction, de l’automobile et des hydrocarbures.